Migrants, la fuite vers l’Europe

Le 19 juin au Musée de l’histoire de l’immigration, public et intervenants étaient réunis autour d’une même question: qui sont les migrants de la Méditerranée qui cherchent à rejoindre l’Europe au péril de leur vie ?

En 2014, près de 217.000 personnes ont traversé la mer Méditerranée pour rejoindre les côtes européennes : « Plus de la moitié de ces migrants viennent de pays en guerre, constate Carine Fouteau, journaliste à Médiapart. En Libye, en Erythrée ou encore en Ethiopie, ils fuient la misère, la répression et la guerre et s’apparentent aujourd’hui à des réfugiés politiques candidats au droit d’asile ». Une fuite vers l’Europe qui s’effectue non sans drames et violences sur leur parcours. Sur les routes, un migrant sur deux est une femme et violences et prostitution sont constatées par plusieurs associations. Les hommes, eux, tentent de travailler un temps en Libye, notamment dans le bâtiment, afin de réunir suffisamment d’argent pour embarquer vers l’Europe : « le coût d’une traversée s’apparente à celui de la bourse, explique Pierre Henry, directeur général de l’association France Terre d’asile. Plus les endroits sont surveillés et compliqués, plus ce sera cher. On estime que la moyenne demandée par les passeurs est d’environ 5000 euros. » Pour les avoir rencontrés porte de la Chapelle à Paris, Carine Fouteau estime que « tous n’ont pas de vision claire de ce qu’ils veulent et d’où ils veulent aller. Mais, tous ont un bagage intellectuel élevé».

Quelles solutions pour ces populations ?
Un fois ce constat fait, comment doit réagir l’Europe afin d’offrir des perspectives à ces populations arrachées à leur histoire ? Pour Pierre Henry, il s’agirait de « prévenir les migrations quand c’est possible avec les pays d’origine. Coopérer avec ces pays en terme de stabilité de gouvernance, de sécurité pour leurs citoyens et aider à leur développement. L’Europe se doit de sauver des vies, et non de suivre une opinion publique apeurée car mal informée ». Carine Foureau, qui a constaté un élan de solidarité des habitants du quartier de la Chapelle à Paris ces dernières semaines, estime qu’il faudrait tout d’abord faire appliquer le droit quand c’est possible pour les populations présentes: « La question d’un retour ne se pose pas : leurs pays sont en guerre et leurs vies en jeu. Des centaines de ces migrants peuvent dépendre soit de la convention de Genève en terme de droit d’asile, soit du regroupement familial en France. Il faut faire l’effort d’examiner chaque cas. Faire appliquer le droit n’empêche pas de faire progresser le droit des personnes : il s’agit d’une question de vie ou de mort pour ces migrants et aucune politique de répression ne les empêchera de chercher refuge en Europe ». D’autres urgences sont également évoquées, comme celles de multiplier les centres d’accueil pour être à la hauteur de la situation.

Responsabilité politique
Avant de mettre en œuvre d’éventuels plans d’action, encore faut-il que la majorité des citoyens soient convaincus. Pierre Henry l’admet, il s’agit de « changer notre logiciel de raisonnement ». Un constat que partage Benjamin Stora : « Il existe encore cette crainte de ce qui vient d’ailleurs. Les discours politiques de ces dernières décennies entretiennent la peur de l’autre, alors qu’il s’agirait plutôt d’apaiser et de savoir tendre la main. Il existe trois causes historiques aux vagues d’immigrations vers la France : la colonisation, l’esclavage et la mondialisation du marché. Il s’agit aujourd’hui de gagner le terrain idéologique: je pose la question de la responsabilité des gouvernements actuels dans le grand désordre mondial, liées à leurs interventions militaires ou leurs dominations économiques». Si les solutions se veulent d’abord politiques, le débat de ce soir prouve que nombre de citoyens ne ferment pas les yeux et comptent bien se battre pour les autres.

Article écrit par Jérémy Attali
Crédit Photo: Nataly Durepaire

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