Raquel Garrido : « Il nous faut fraterniser et s’ouvrir au monde »

Avocate au barreau de Paris et co-fondatrice du Parti de Gauche, Raquel Garrido publie le Guide citoyen de la sixième République qu’elle imagine ouverte sur le monde. A son image.

Comment le Guide du citoyen de la sixième République redonne le pouvoir au peuple ? 
Raquel Garrido : L’autorité légitime doit rester le peuple. L’ambition de mon livre est de proposer autre chose qu’un gouvernement oligarchique, à travers l’élection d’une assemblée constituante. A ce titre la révision ou l’abolition de la cinquième République ne pourra se faire qu’avec une implication large et totale de l’ensemble des citoyens. D’ailleurs l’actualité nous pousse à ouvrir le débat dès aujourd’hui : François Hollande proposerait de modifier deux articles fondateurs de la cinquième République, l’article 16 sur les pleins pouvoirs au Président et l’article 36 sur l’état de siège. Cela ne peut être réalisé par un cercle réduit d’individus comme cela s’annonce.

Une assemblée constituante pallierait à ces dérives ?
R.G. : L’assemblée constituante est un creuset dans lequel chaque citoyen doit exprimer non pas ce qui est bon pour lui mais ce qu’il pense être bon pour tous. C’est comme cela qu’existe l’intérêt général. Les règles communes doivent être élaborées par les citoyens après échanges et débats, après circulation d’un information indépendante, et non pas uniquement par les dirigeants des mondes financiers ou politiques institutionnels.

La cinquième République est-elle à bout de souffle ?
R.G. : Oui, je pense qu’elle ne jouit pas du consentement auquel doivent prétendre les institutions politiques. Les institutions ne peuvent survivre que si la population y consent et elles sont clairement fragilisées aujourd’hui. L’impunité politique du président de la République, les comportements peu vertueux de nombre d’élus, la corruption conduisent à une désaffection des citoyens envers leurs institutions. La cinquième République est déjà moribonde : c’est une idée qui, si elle est assenée sans participation large, n’est qu’une coquille vide.

La sixième République est donc une idée moderne ?
R.G. : Il y a deux façons d’aborder la République. Soit de manière nostalgique – je dirai même de façon « nostalgiste » – en inventant une sorte d’âge d’or où tout allait bien. Et puis il y en a une autre, progressiste et inventive. Acceptons le fait que la République est une idée inachevée, en construction permanente et qu’elle sera ce que nous en ferons. La sixième République est un horizon d’avenir. Et quand je dis avenir, j’inclus particulièrement les plus jeunes et milite dans mon livre pour que les plus de 16 ans puissent voter. Ce sont eux qui passeront le plus de temps dans le nouveau régime et c’est à eux d’imaginer le futur.

Le Guide citoyen de la sixième République tient en haute estime le militantisme sous toutes ses formes.
R.G. : Je suis née au Chili, de parents emprisonnés après le coup d’Etat de 1973 car jeunes militants de l’Unité Populaire. La politique et le militantisme sont l’histoire de ma famille. En Amérique du Sud, nous avons cette particularité de synthétiser par la musique l’histoire nationale et ouvrière de nos pays. Il suffit, quand on est enfant, de se trouver dans des fêtes populaires où ces textes sont chantés pour entendre et comprendre ces histoires. C’est un peu la bande originale qui regroupe l’histoire de 600 millions de sud-américains. Je suis arrivée en France en 1988 et ai très vite milité dans les syndicats étudiants. Plus tard, en parallèle à mon activité d’avocate qui s’est construite en plusieurs étapes, j’ai également milité au sein de l’Organisation Internationale du Travail. D’être responsable et engagée dans un parti politique aujourd’hui me semble naturel. Les récents évènements dramatiques nous démontrent qu’il faut que tout le monde s’engage, à son niveau, en trouvant son équilibre. Il nous faut fraterniser et s’ouvrir au monde.

Propos recueillis par Jérémy Attali

 

 

Imaginer la sixième République

Consciente de vivre un moment historique dans l’histoire de nos institutions politiques, Raquel Garrido propose un renouveau démocratique avec la publication du Guide citoyen de la sixième République. Ou comment remettre le peuple au cœur des décisions.

 

Couv-Garrido-Fayard

« La République est une idée inachevée en construction permanente ». Raquel Garrido ne se contente pas de critiquer les institutions en place mais va plus loin en proposant de nouvelles normes et un renouveau de démocratie. En évoquant dans le Guide citoyen de la sixième République l’élection d’une assemblée constituante, la révocabilité des élus, l’interdiction des sondages en périodes électorales ou la constitutionnalisation d’une règle verte écologique, elle ouvre des perspectives nouvelles à un système paraissant à bout de souffle : « Parce que le rôle d’un militant politique est d’imaginer le rêve d’après, estime-t-elle. Un imaginaire positif, rassembleur et dans lequel chacun peut se projeter ».

Assemblée constituante et révocation des élus
Pour répondre à ce besoin de renouveau, l’auteur s’appuie sur des propositions fortes et d’actualité. A l’élection d’une assemblée constituante tout d’abord, « gage de représentativité et de parité », dont les travaux seraient issus d’une réflexion et d’un travail collectif, soutenu et transparent : « En l’état actuel des choses, les institutions donnent le plein pouvoir au président de la République, explique Raquel Garrido. Ce pouvoir confine à l’impunité quand il décide, par exemple, de trahir ses promesses de campagne sans qu’aucun de ses électeurs n’ait la possibilité de demander des comptes et d’exiger le respect du programme ». Toujours dans l’objectif de maîtrise des décisions collectives, Raquel Garrido met en débat la révocabilité des élus : à mi-mandat, et si 10 à 15% des électeurs en émettent le souhait, la sixième République doit donner le pouvoir au citoyen de contrôler le respect des engagements du mandaté. Utopique, dans ses conditions, de stabiliser les institutions ? « Il s’agit au contraire de redonner une légitimité à l’action politique, estime Raquel Garrido. Ce qui rend les institutions fragiles aujourd’hui c’est justement l’absence d’intervention des citoyens. Une Assemblée Nationale noyée dans l’abstention, un Sénat dans lequel l’absentéisme et le cumul des mandats sont légion, voilà les vrais dangers ». Le Guide citoyen pour une sixième République propose à l’inverse une société démocratique intense, adulte et dans laquelle les citoyens participent et contrôlent.

Constitutionnaliser la règle verte
Autre proposition phare, l’inscription de la « règle verte » dans la constitution. Une idée moderne et responsable à la vue du réchauffement climatique annoncé et constaté : « L’idée est de ne pas obtenir plus de la nature que ce qu’elle peut nous donner, précise Raquel Garrido. Une fois les limites écologiques identifiées et actées par les citoyens, cette règle changera radicalement notre modèle économique et social car nous nous alignerons sur cet impératif ». Un défi de taille pour le génie et l’ingénierie français, « si peu reconnus dans notre pays alors que les travailleurs sont si qualifiés ». Un souci de préservation de l’écosystème qui aboutira à la reconnaissance des compétences et du pouvoir des salariés dans leur entreprise : « Nul doute que si les salariés de Volkswagen avaient été protégés en tant que donneurs d’alerte et impliqués dans les décisions de leur firme, le scandale des moteurs frauduleux du constructeur automobile aurait été tout autre ». Un principe d’autorégulation et de responsabilité qui aurait pour vocation de redonner le pouvoir aux travailleurs.

 

Comments

Be the first to comment on this article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Go to TOP