Camille Hardouin – La Demoiselle Inconnue : « Je ne suis plus une créature sans nom »

A Montparnasse et juste avant de sauter dans un train, entre rires et confessions sur ses secrets les plus fous, entretien à fleur de mots avec une ancienne inconnue devenue complètement toute nue.

Il s’agit de se lever tôt pour espérer cerner les multiples facettes de Camille Hardouin. On risquerait même de la croiser, au petit matin, elle qui confesse bien s’entendre avec la nuit. Et avoir des tendances insomniaques. Ses textes qui vous entraînent dans des explorations au fond de vous même, sa voix qui vous balade au gré de ses vents: l’artiste vous flanche par terre et vous colle très vite à la peau. Se plonger dans son univers est selon ses dires un voyage. Et il y a du vrai. Parce qu’on peut autant y rire qu’y pleurer, son antre est à la fois familier et attachant. On aime y regarder objets et  sentiments qu’elle dépose entre les cordes de sa guitare et qu’elle semble nous envoyer comme des bouquets de mots à la figure. Entre le tendre fatalisme de « Si demain », le suspense magnifié de « Ma retenue » ou la main tendue de « Bonsoir », la chanteuse grignote nos carapaces et vient fouiner dans nos secrets les plus précieux. 

En se promenant sur ton blog on voit de toi des chansons, des dessins, des histoires mais aussi de la poésie. Tu ne fais donc pas qu’écrire pour chanter ?
Camille Hardouin : Quand on me pose la question, je me présente avant tout comme chanteuse. Mais chanteuse pour moi cela implique plein de choses, dont l’amour de raconter des histoires qui amène à d’autres formes d’expressions artistiques. Chanter, c’est faire de la musique mais c’est aussi raconter quelque chose, et dans le fait de raconter il y a le côté interprète, le côté écriture et le côté conteur. L’idée est d’aller chercher dans des choses très spontanées comme parler, chanter ou dessiner pour aller à la fois dans l’intime et le commun, dans le caché et le secret.

Ton premier EP « Dormir Seule » est sorti en 2013. Un album est-il en préparation ?
C.H. : Oui ! Même s’il y a eu pas mal de petites péripéties depuis. Et puis j’aime faire les choses de la manière la plus jolie possible, en contrôlant bien que tout me va dans la façon dont cela se fait. Alors forcément cela prend un peu de temps. Mais j’ai hâte car je sais que lorsqu’il va sortir, ce sera le bon album ! Encore un peu de patience…

Tu as donc écrit de quoi sortir un album très bientôt ?
C.H. : Au niveau de l’écriture on peut même faire quatre ou cinq albums si on veut ! Mais pour moi, il y a aussi tout l’apprentissage de ce qu’est faire un disque. C’est très différent que de s’adresser aux gens directement sur scène, et je trouve ça passionnant ! Plein de choses sont possibles, on peut vraiment explorer et tâtonner à partir de la technique, et profiter de ça pour donner à entendre la chanson un peu autrement. Et puis, dès qu’on me donne une palette avec des crayons de couleurs différents, je suis hyper contente. C’est un nouveau jeu dans lequel tu dois te servir de ton instinct pour trouver comment tu veux évoluer dans ce nouveau monde.

 

 

Quelle est ta première rencontre avec la musique, puis tes premières envies de chansons ?
C.H. : Comme dans tous ces chemins que chacun de nous emprunte un jour, il y a plusieurs choses. Mais tout d’abord, ma rencontre se fait avec la lecture et l’écriture. Particulièrement des romans et de la poésie. J’avais dans l’endroit où j’ai grandie une bibliothèque assez fournie. J’étais déjà très insomniaque très petite, donc j’étais très contente de pouvoir lire la nuit ! J’ai assez vite fini la bibliothèque. Je me souviens que les premières choses que j’ai lues étaient Les Mille et Unes Nuits et le Dictionnaire des Blagues ! Ce qui m’a apporté une culture assez étrange finalement (rires). Les Mille et Une Nuits est un texte que j’aime encore énormément aujourd’hui. A un moment, je n’avais plus d’histoires à lire et je me suis dit que peut-être, je pouvais les écrire moi-même. Bon, j’ai vite découvert qu’au niveau de la surprise cela avait beaucoup moins d’effet ! Mais le plaisir dans la construction de l’histoire et son écriture est lui bien réel. La poésie est arrivée assez rapidement ensuite.

Comment l’écriture se traduit-elle en envie de musique ?
C.H. : Très naturellement. Tout le monde chante, de façon plus ou moins assumée. J’ai fait un peu de piano petite puis de la guitare ensuite, et on m’a vite montré qu’avec deux ou trois accord on pouvait créer un morceau. Alors j’ai usé de la même technique qu’avec les livres : je rentrais à la maison, j’apprenais ces deux ou trois chansons… Puis j’écrivais des chansons avec ces accords là.

Tu jouais d’abord devant les copains ?
C.H. : Oui, on va dire qu’au lycée c’était carrément une bonne technique de drague (rires) ! Donc j’ai persévéré de tout mon cœur. Plus sérieusement, je pense que ma motivation pour la musique était en fait plus grande que ma motivation amoureuse, je me rendais compte que quand je chantais, les choses étaient « dans l’ordre » dans ma tête. C’est d’ailleurs la même chose quand j’écris ou que je dessine. C’est quelque chose de beau et d’évident à faire et puis, j’aime cette manière de se parler. Quand je vois l’état de haine dans lequel on a mit notre monde, cette façon très sincère, très vulnérable de se parler devient vraiment importante pour moi. La vérité d’être vivant c’est ça, et c’est ça aussi que j’espère rencontrer chez les gens.

 

 

Tu dis que lors de tes concerts le public ressent des choses « secrètes ». Que ressent Camille Hardouin pendant qu’elle est sur scène ?
C.H. : Moi je fais tout ce voyage de tout mon cœur et au premier degré avec les gens ! C’est d’ailleurs une grosse partie de mon travail de garder cette sensation-là. Pendant les concerts, j’oublie parfois que je suis en train de chanter mes propres chansons. Tiens c’est marrant, je ne m’étais pas posé la question, mais de faire ce trajet, là avec toi, me fait m’en rendre compte… Quand je chante « Il me plaît pas » je suis vraiment dedans, mais en même temps je surnage pour faire quelques clins d’œil au public… C’est important pour moi de le vivre en même temps qu’eux. Et c’est tout l’intérêt : l’écriture veut aller puiser dans les émotions, dans un trajet… L’ordre dans lequel je chante mes chansons a aussi pour but d’accéder progressivement à des sentiments, des sensations. Et il est important que je vive aussi ce trajet. Et puis d’autres fois, je me mets à nue beaucoup plus vite ! Cela met du temps, c’est quelque chose qui s’apprend, qui s’apprivoise. Le fait de se présenter aux autres dans une grande vulnérabilité crée une confiance entre le public et moi.

Le fait d’être tant à nue et à fleur de peau dans tes textes est très travaillé ?
C.H. : Toutes les chansons ont des histoires différentes. Certaines sont écrites en six mois, d’autres en une heure. C’est comme un accouchement, tu ne peux pas prévoir ! (…) Je travaille mes textes jusqu’à avoir l’impression qu’ils sonnent justes. Quand je ne suis pas satisfaite je retravaille encore et encore… Cela ne fait pas tant plusieurs versions mais, plutôt des bouts de corps, jusqu’à ce qu’elles puissent enfin s’assembler, que tu vois toutes les parties du corps de la poupée ensembles ! Avant, je ne vois que des parties éparpillées ! C’est passionnant car il en ressort à chaque fois une nouvelle créature. Comment cette chanson tient-elle debout, qu’est-ce qu’elle raconte, comment vais-je l’apprivoiser ? C’est pour ça que j’écris tout le temps, je fais attention aux mots tout le temps … Ce travail là sert à m’effacer le plus possible pour que ma chanson puisse surgir. Et puis, dans mon expérience de l’écriture, le réel et le présent sont très importants. Je m’inspire d’une discussion que j’ai eue, d’un rêve que j’ai fait, d’un livre que j’ai lu. Je m’aperçois que tout contribue à la construction de mes créatures.

Tu t’inspires également des détails que tu observes chez les gens ?
C.H. : Oui, c’est un mélange de mille choses !

Et sur « Ma retenue » par exemple, de quoi t’inspires-tu ?
(Camille sourit à l’évocation de cette chanson) Je crois que c’est le premier moment où je me suis posée la question de l’infidélité de cette manière là. Dans les discours que l’on entend le plus souvent, on nous présente cela comme une question de morale, comme si être infidèle faisait de nous une mauvaise personne. Je me dis que la question n’est pas seulement là. La question qui se pose aussi est : « j’ai quelque chose de très beau à vivre, qu’est-ce que je fais » ? Cela pose la question de ce que l’on a à vivre tant que l’on est vivant. Je trouvais ça beau de la poser en ces termes là. Et puis en écrivant Ma retenue, je n’avais aucune idée de la façon dont allait se terminer l’histoire. C’était une sorte de chemin secret, là encore.

Tu te poses la question à toi ou aux autres ?
C.H. : Les deux. A partir du moment où je pose cette question secrète… Par exemple, ça peut se rapprocher des chansons que j’écris qui parlent du suicide : le fait de ne pas le prendre comme une question tabou, de ne pas avoir peur d’en parler donne l’impression que le sujet est tout à coup moins sensible et plus partageable. Parler de ce secret là fait du bien. Pour revenir à la question de l’infidélité, je me suis dit que cela ne pouvait pas être que moche. Après, la réponse que j’y apporte est personnelle et en lien avec ce moment-là de ma vie.

 

 

Est ce qu’elle serait différente dans quelques années ?
C.H. : Sûrement, oui! J’ai un rapport différent à ça, à l’amour, aujourd’hui. Tu vois, dans la chanson il y a la première partie où la fille parle de ses questionnements, la deuxième où le garçon lui répond mais quand même, regarde, ce serait joli…, ensuite je savais que la fille allait répondre mais je n’avais aucune idée de ce qu’elle allait dire car moi-même je n’en étais pas sûre ! Je crois que j’ai pris une soirée entière à rester sans rien faire du tout avant d’écrire ça tout d’un coup. J’ai écrit la fin de la chanson, je l’ai regardée, et je me suis dit ensuite, bon, apparemment ça se finit comme ça alors !

On trouve sur ton blog une reprise d’une chanson de Mano Solo, « Soif de la vie ». On retrouve des textes et des sensibilités communes entre son œuvre et ce que tu chantes. Que représentait-il pour toi ?
C.H. : (…) C’était au moment où des concerts d’hommages et de reprises de chansons de Mano Solo s’organisait et on m’a proposé de m’y impliquer. Je travaillais avec Soan qui m’avait invité gentiment à participer à son album et la personne qui organisait ça nous a proposé à tous les deux. J’ai dit oui de suite car je l’ai beaucoup écouté étant ado, et que je continue de beaucoup écouter aujourd’hui d’ailleurs. Je n’avais pas directement réfléchie à la filiation mais… Mano Solo évoque des sujets que l’on entend pas ailleurs, il parle beaucoup de ses sentiments enfouis, qui font forcément écho à ceux des autres. C’est tellement beau à entendre … J’ai choisi de chanter « Julie » car c’est celle que j’apprenais sur ma guitare plus jeune, et que je trouve que c’est une chanson de désirs très étrange, toute mélangée de sueur, de bar, de choses sales et belles, tristes en même temps … Puis j’ai beaucoup hésité sur la deuxième reprise, j’essayais des choses, ça me disait « c’est pas ça… » et puis ça a été « Soif de la vie », c’est drôle, parce que c’est un moment où je travaillais un peu comme serveuse ; et d’un seul coup cela a été évident, je pensais à cette histoire de serveuse qui rêve à la vie en travaillant… Cette chanson, quand elle est arrivée, elle a pris une place énorme dans mes journées, je passais tout mon temps à la répéter ! J’ai l’impression d’avoir été tout à fait obsessionnelle, je rentrais, je prenais ma guitare, je m’asseyais sur mon lit et je chantais cette chanson, tout le temps. Une fois arrivée au concert, c’était évident, je l’ai chanté presque sans y penser, j’étais tout à fait obsédée par cette chanson. Je trouve que c’est une chanson magnifique. Elle parle de cette personne qui ne sait pas ce que c’est que de vivre intensément, qui croise une personne qui a la liberté de pouvoir le faire. Quand on parle de ça, moi d’ailleurs je le fais tout le temps, de vouloir tout manger, tout boire, tout apprendre, souvent on fait comme si c’était évident pour tout monde. Alors il y a cette chose, comme un sentiment de regret, de frustration qui peut apparaître. Quelque chose d’à la fois tellement beau et tellement douloureux… Cette chanson m’a vraiment envoutée…

Tu parles de filiation, c’est quelque chose que l’on te fait parfois remarquer ?
C.H. : C’est vrai que ça arrive de plus en plus souvent. Et quand on me le dit, je suis hyper honorée. C’est quelqu’un qui a beaucoup compté dans mon parcours musical, et puis c’est un artiste exceptionnel. Ce côté mise à nue, la soif, la lumière et les souffrances…

Afin de vérifier que le magnétophone tourne toujours, nous improvisons une petite pause de trente secondes … « J’ai encore plein de questions, tu ne vas pas t’en tirer comme ça » ! 

Camille : Tu connais le travail du poète Andréa Gibson ? Qu’est ce que c’est beau. Je ne sais pas si tu lis en anglais ? C’est une poétesse américaine contemporaine, vivante quoi. Elle a fait plusieurs recueils, c’est l’une de celles que je lis le plus en ce moment. Tu me demandes si j’espère m’en tirer comme ça ? Alors écoute bien, elle dit ceci (Camille récite alors de tête les vers en anglais puis les traduit en français): « C’est difficile à regarder, le jeu que l’on fait à partir de l’amour. C’est comme si on jouait aux échecs avec nos cicatrices. Disant échec et mat à chaque fois que l’on s’en sort sans avoir le cœur brisé. Juste pour être claire : je n’ai pas l’intention de m’en sortir sans avoir le cœur brisé. J’ai l’intention de quitter cette vie tellement morcelée, qu’il va devoir y avoir un millier de paradis différents pour mon millier de morceaux de moi-même ». Oui c’est très beau, cette poétesse, très intense… Et quand elle les dit, ses textes, c’est incroyable. Je l’ai vue une fois en lecture, et ça fait vraiment partie des moments les plus intenses de ma vie… Tout ça pour te dire que, non je ne compte pas m’en sortir comme ça !

 Toujours sur ton blog tu dis aimer le chanteur Loic Lantoine. Dans une de ces chansons il dit que « dans ta tête, les nuits ne sont pas si sûres »… Et dans la tienne ?
C.H. : Elles ne le sont pas du tout! Mon Dieu … En plus c’est une jolie formule car on peut s’y identifier de tellement de façons différentes… Les nuits peuvent être « pas sûres » de façons joyeuses… Je parle beaucoup de la nuit dans mes chansons car cela a été un premier territoire de liberté pour moi. Plus jeune, peut-être que je n’étais pas d’accord avec la manière dont on présentait le monde, peut-être que je n’assumais pas encore tout ça … Et puis la nuit cela devenait possible. Possible d’être qui on voulait… Quand je suis arrivée à Paris j’ai tout de suite pris cette ville comme une grosse cours de récré ! De par le flot de gens qui l’animent et que l’on ne recroise jamais … Très vite je me suis mise à faire des performances dans la rue, avec les gens, en me disant que je pouvais faire ce que je voulais ! Mes nuits ne sont pas si sûres non … donc déjà parce que je suis toujours aussi insomniaque ! Mais aussi, oui, parce que pour moi la joie vient avec beaucoup d’inquiétude. Le fait d’être un peu sans filtre par rapport au monde, de manière extrêmement volontaire, un peu comme dans le poème d’Andréa Gibson justement. Je n’ai vraiment pas l‘intention de quitter cette vie en m’étant protégée. Je veux dire, c’est volontaire d’être sans filtre mais la contrepartie est que l’on est plus souvent et plus vite atteins par les choses, c’est un peu dangereux et épuisant … Ca implique de l’inquiétude et de la réflexion sur tout ce qu’il peut se passer …

C’est donc un jeu qui ne peut durer que sur une certaine période ?
C.H. : Non, car c’est cela qui fait que l’on reçoit de la joie du monde entier, les choses mélangées telles qu’elles sont. Je veux dire, il y a un moment où j’ai arrêté de vouloir trouver une explication à tout ce qui arrive, à tout ce qui m’arrive. On veut comprendre et on se dit que c’est comme ça, ou comme ça… Mais en fait on ne peut pas être plus fort que la vie, on ne peut jamais tout comprendre. Les choses arrivent d’une façon incompréhensible, merveilleuse et terrible en même temps. C’est tellement important de se dire qu’il y a beaucoup de gens pour qui les nuits ne sont pas si sûres.

Tu as grandi dans le Pas-de-Calais mais tu veux très vite te lancer à la découverte du monde…
C.H. : Après mon BAC S, une licence de lettre et d’art du spectacle, je suis partie me promener un peu dans le monde. J’ai aussi fait une école de théâtre pendant un an mais je me suis dit assez vite que ce n’était pas ma place. Je savais en tout cas que je ne voulais pas qu’on m’apprenne la musique. Je savais comment je voulais dire les choses. Un jour je serai conseillère d’orientation et je mettrai tout le monde à la musique, ce serait tellement plus joli ! J’ai eu envie très vite de voyager oui. Mais, il m’est arrivé deux trois conneries pendant mon périple, un accident assez grave…

Cela t’a coupé l’envie de repartir ?
C.H. : Je ne sais pas, mais je suis partie avec tellement d’élan et de soif dans la tête et, je suis rentrée si vite… Cela fait partie de choses qui font ce que je suis aujourd’hui. J’ai eu un gros accident, j’ai failli mourir et paradoxalement, je serai vivante d’une autre manière, d’une manière pas terrible, aujourd’hui sans ça. Ma chanson « Ceux qui partent » parle de ça. Je ne la chante pas très souvent sur scène, je ne sais pas si tu la connais ! En tout cas, Je recommence à avoir soif de voyages mais je me suis calmée depuis ça. Plein de choses me manquaient et je ne le savais pas encore à ce moment là : me poser pour écrire, jouer de la guitare ou travailler sur des projets artistiques, je savais que c’était important pour moi mais pas à ce point-là. Je ne pensais pas que c’était plus important qu’être curieuse du monde. Je n’avais pas compris que c’était la même chose, d’une certaine façon. Aujourd’hui je préfère parfois dessiner une BD que sortir en soirée, ce qui est un peu pourri (rires).

Tu partages beaucoup de tes dessins sur ton blog. Tu aimes bien te raconter par ce biais-là ?
C.H. : Oui bien sûr, c’est un lien hyper important car on parle toujours à quelqu’un et, c’est encore mieux quand il y a quelqu’un de l’autre côté ! Je laisse d’ailleurs traîner sur mon blog une adresse e-mail pour qu’on puisse m’écrire et, même si je suis parfois très lente à répondre, j’essai de le faire. Dès que je suis dans un endroit avec une connexion internet et que je n’ai pas d’interview, je réponds (rires) !

Cela arrive souvent que l’on t’écrive par e-mail ?
C.H. : Oui et c’est hyper beau, de jolis échanges. Et puis c’est une manière d’être sûre qu’une chanson arrive bien à destination. C’est beau de lire que « telle chanson m’a beaucoup ému », « je suis sur le chemin de l’hôpital et cela me donne du courage… » C’est comme un message d’amour qui me revient, et une preuve que la chanson ne s’est pas perdue, et c’est pour cela que je travaille. Pas juste parce que j’ai des choses à dire, mais parce que mes chansons ont besoin d’en dire aux autres. D’instinct, je suis toujours super reconnaissante de ces messages. A l’écrit c’est plus calme mais après les concerts c’est un peu différent, souvent les gens sont encore un peu remués du voyage qu’on a fait et moi aussi d’ailleurs. Je met d’ailleurs souvent deux ou trois jours à sortir d’un concert.

Tant que ça ?
C.H. : Oui ! Disons que ce sont des moments où je suis encore plus à nue que d’habitude. J’en ressors très sensible pendant quelques jours, à fleur de peau, je m’en rends compte depuis quelques temps, faut vraiment pas qu’on me fasse voir un film d’horreur dans ces moments là (rires) ! Déjà que d’habitude je les crains …

Parce que tu n’aimes pas te faire peur ?
C.H. : J’ai déjà suffisamment peur dans la vie. Pour moi la peur est un sujet sérieux. J’adore la mythologie des films d’horreurs car j’aime les monstres, les créatures… Mais faire d’un cadavre une chose super effrayante je trouve souvent çà bizarre, cela me met mal à l’aise ! C’est différent de la peur des montagnes russes.

Les montagnes russes se passent mieux ?
C.H. : Disons que je n’y vais pas super volontiers non plus ! (rires) Ou celles pour enfant, éventuellement !

 

 

Pour revenir à ce que te disent les gens après tes concerts, ce sont des moments que tu aimes partager ?
C.H. : Après les concerts, les gens viennent parfois me raconter de petites histoires sur leur vie et c’est tellement précieux ! Déjà parce que ce que j’aime le plus dans la vie c’est qu’on me raconte des histoires, des choses qui sont arrivées, une anecdote … Souvent on vient me parler d’une chanson, des échos qu’elle a remués. En ce moment, on me parle beaucoup de ma chanson « Bonsoir » qui parle de l’éloignement d’un couple qui ne se parle plus, ne se regarde plus et où l’amour s’enlise un peu… Dans cette chanson la personne qui parle vient faire ressurgir une sorte d’espoir… Le fait de chanter ça fait écho, les gens me parlent d’eux ensuite et… je me trouve au cœur de leurs histoires à eux… Souvent je pleure après certaines histoires que me racontent les gens !

Tu en pleures vraiment ?
C.H. : Mais oui ! Les gens viennent me dire de ces trucs … Ils se confient sur des choses bouleversantes… Je reste très souriante mais je vais pleurer dans les toilettes juste après (rires) !

Finalement Camille Hardouin vit sans arrêt dans un flot d’émotions ?
C.H. : Oui et c’est surtout fatiguant pour les autres ! J’ai toujours vécue comme ça, ça déborde tout le temps, je m’en sers et c’est pour ça que j’ai besoin d’écrire autant de choses, autant d’histoires. C’est la même chose pour mes petits dessins. Et encore, je trie un peu car je ne peux pas tout faire, j’essai de m’organiser un peu.

copie camille

Dans « Il me plaît pas », tu essaies de te convaincre qu’un garçon ne te plaît pas, alors que bien sûr que oui… C’est un jeu avec tes sentiments ou un jeu pour la blague e fait que tu hésites autant ?
C.H. : C’est les deux à la fois. Cela fait partie des chansons que j’imagine dans ma tête en marchant, en me baladant, avant de les écrire. C’était un moment où j’étais dans une période « il me plait pas ». Cela m’intriguais car je mélangeais deux sentiments, ceux des petites catastrophes du quotidien et les sentiments qui naissent un peu. J’aime beaucoup les objets, je trouve que quand on entre chez quelqu’un le fait de regarder ses objets en dit beaucoup sur lui, c’est un peu une conversation. D’ailleurs, le clip de « Si Demain » a été tourné chez moi à l’époque, c’était important et c’est la même chose pour la photo de l’Ep. C’est important pour moi de montrer mon univers intime. Pour revenir à « Il me plait pas » je suis dans un dialogue avec moi-même et j’essai de comprendre ce qu’il se passe. La chanson raconte des choses sur une histoire amoureuse mais, y’a plein de choses comme ça que l’on ne s’avoue pas, en freinant des deux pieds comme dans un dessin animé ! Alors qu’on s’est très bien que le reste du corps y va tout droit ! Ca parle de tout ça à la fois et selon les soirs, on vient me dire plutôt que cette chanson a fait rire ou a émue.

Les sentiments sont des choses que tu t’avoues facilement ou, tu luttes un peu avec toi-même ?
C.H. : Je vois mieux les choses qu’avant sûrement, j’ai mis des noms sur les bestioles mais, il y en tout le temps des nouvelles ! Cela ne veut pas dire que je suis plus douée avec ça. Et puis heureusement que continue à vivre les choses intensément et la tête dans le guidon sinon, je ne pourrai plus faire de chansons ! Après, tout évolue en grandissant, en ayant fait quelques expériences… On parlait tout à l’heure du rapport à la mort, qui n’est plus du tout une fiction pour moi… J’en parle beaucoup car c’est aussi une chose assez secrète … On dit souvent « si je meurs un jour » alors que, non, on sait que ça arrivera ! C’est compliqué à accepter … Et cela implique plein de choses … Cela vient plus souvent dans mes chansons, ça fait partie du fait d’être toujours très conscient d’être vivant. J’ai manqué de mourir plusieurs fois et je me dis souvent que c’est incroyable d’être vivant et que ce n’est pas pour tout le temps !

Tes débuts dans la chanson se font sous le pseudonyme de la Demoiselle Inconnue… Tu avais besoin d’être un peu cachée par peur de te livrer complètement ?
C.H. : Quand j’ai pris ce nom je ne savais pas que j’allais l’enlever un jour… Ces derniers temps, je me disais que je travaillais beaucoup pour me mettre à nue le plus possible mais je sentais qu’il restait encore quelque chose … Je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus… Un jour, quelqu’un me dit que pour lui, ce nom comportait un petit refus. Même si cela n’était pas entièrement vrai cela m’a fait un peu vaciller. J’y ai réfléchi longtemps, j’ai beaucoup hésité … Les gens qui me suivent me connaissent alors comme la Demoiselle Inconnue, mes chansons y sont rattachées et pour moi, l’histoire ne s’écrit pas seule, on est vraiment ensemble là-dedans … Je ne voulais pas déstabiliser tout le monde ! Mais je me suis convaincu que c’était une de mes derrière barrières. (…) Plus le temps avançait, plus je me disais que j’étais prête pour franchir le pas, que la fille qui chante sur scène n’est plus différente de celle qui vit tous les jours. Alors, je me suis dit que celle qui est sur scène et parle aux gens n’était plus une créature sans nom, qu’elle avait envie de mélanger toutes ses facettes et, qu’enlever son dernier vêtement comme j’enlèverai ma dernière robe serait quelque chose d’évident. De dire : voilà, c’est moi, d’être totalement à nue.

Donc dans ton album on parlera de Camille Hardouin et tu seras encore plus à nue que la Demoiselle Inconnue ?
C.H. : Je l’espère ! Cela fait peur et, en même temps c’est très bien. Comme toutes les choses très bien !

 

Propos recueillis par Jérémy Attali 
Crédit photos: François Glévarec et Julien Mignot 

Le blog de Camille Hardouin

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