Claude Guérin, un hiver en cabanes

Depuis sept ans, Claude Guérin arpente ces grands espaces à la recherche de cabanes de pêche à photographier.

Coutume héritée des Amérindiens, la pêche sous la glace ou « pêche blanche » se pratique au Québec dès que la glace qui recouvre les lacs et les rivières est suffisamment épaisse. Pour contrer le vent et les intempéries, les pêcheurs s’installent dans de petites cabanes aménagées avec plus ou moins de confort qui sont déplacées l’hiver sur les champs glacés. Son exposition « Pignons sur glace » se découvre au Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières jusqu’en mars 2017. Des livres de ses clichés sont également publiés. Le tout pour saisir des moments singuliers.

Comment vous vient l’idée de photographier les cabanes de pêcheurs ? 
Claude Guérin : A l’été 2009, après avoir photographié durant quelques semaines tout ce qui avait un toit lors d’un voyage en Gaspésie (péninsule située au centre-est du Québec), j’aperçois dans un village entre la route et le quai des dizaines de cabanes de pêche entreposées dans un grand champ. Je prends alors conscience de l’existence d’un potentiel immense de cabanes à photographier l’hiver venu sur les eaux glacées, et cela partout au Québec. Je croyais jusqu’alors que ces sites étaient une chasse gardée, réservés aux membres. J’ai vite découvert, à mon grand étonnement, lors de ma première visite sur les glaces d’un site de pêche blanche qu’on y entrait sans formalités, sans questionnement, en ne payant que quelques dollars pour y pêcher ou simplement pour y circuler en voiture et, quant à moi, pour y photographier les cabanes. J’aurais payé jusqu’à dix fois plus pour y accéder. J’étais on ne peut plus heureux ! Depuis ce temps, je me rends chaque hiver sur les eaux glacées dans tous les coins du Québec et même de la province voisine, le Nouveau-Brunswick.

Quel est votre rapport à la photographie ? 
C.G. : J’ai fait un retour « boulimique » à la photographie il y a onze ans, en 2005, un peu après l’arrivée du numérique. J’ai commencé par photographier tout ce qu’il y avait de graffitis sur les murs de Montréal, entre autres dans les ruelles. Je me suis ensuite intéressé à toutes les formes du bâti en ville comme en région : maisons, garages, hangars, façades de magasins, vitrines, cabanes de fond de cour, abris… Comme beaucoup d’artistes je m’intéresse à tout ce qui a de l’âge et qui porte les marques du temps : les vieux hangars, les vieux garages ou vieilles cabanes parfois en ruine attirent mon attention.

Est-il simple de se renouveler après sept ans d’explorations sur la glace ?
C.G. : Depuis sept ans je me promène sur les glaces du Québec à la recherche de la cabane idéale. J’en ai trouvé plusieurs tout aussi originales les unes que les autres. J’ai visité à plusieurs reprises et avec un immense plaisir le site de La Baie, le plus gros du Québec si je ne me trompe. Je me suis rendu aussi sur le magnifique site du lac Kénogami où j’ai aussi découvert de très jolies cabanes dans un décor enchanteur. C’est une exploration sans fin.

_mg_2357hr-2Que connaissiez vous de ces cabanes avant de les approcher et les capturer ?
C.G. : Je ne connaissais rien à la pêche sur glace ni aux cabanes avant cette découverte ! Je ne connais toujours rien ou presque à la pêche en elle-même. Je connais vaguement le nom des poissons qu’on y pêche : doré, barbotte, éperlan, sébaste, brochet, perchaude… Il paraît qu’un requin a déjà été pêché sur la rivière Saguenay, près de La Baie et de Chicoutimi. Est-ce vrai ou est-ce une légende inventée ? Qui sait ! Je dis souvent aux pêcheurs avec qui je m’entretiens parfois que je ne pêche pas le poisson mais plutôt la cabane…

Vous vous entretenez donc parfois avec les pêcheurs ?
C.G. : Malheureusement, je n’ai pas toujours le temps de parler avec eux. J’arrive sur les glaces souvent un peu tard dans l’avant-midi, les sites de pêche les plus proches étant à au moins une heure de route de Montréal, et j’essaie de photographier le plus de cabanes possible avant que la nuit ne tombe. En janvier ou février, il n’est pas rare que je doive cesser de photographier aux alentours de quinze-heures. L’éclairage diminuant alors rapidement, la prise de photo perd de son intérêt. Mon temps est donc compté. Et puis n’oublions pas qu’il fait parfois très froid et qu’il vente souvent beaucoup au large. Il faut bouger vite et être habillé des pieds à la tête. Et très chaudement !

Propos recueillis par Jérémy Attali

 


capture-decran-2016-12-19-a-16-18-59À propos du Musée québécois de culture populaire…

Le Musée québécois de culture populaire est situé au centre-ville de Trois-Rivières. Ses expositions témoignent de l’identité unique de la société québécoise dans sa diversité et son évolution. Le Musée protège et met en valeur une collection de plus de 100 000 objets à caractère ethnologique. Faisant partie du complexe muséal, la Vieille prison de Trois-Rivières, classée monument historique propose une visite guidée dans l’univers carcéral. Le Musée est ouvert à l’année.

claude-guerinClaude Guérin a étudié en histoire de l’art, arts plastiques, design graphique et communications à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il a travaillé comme designer graphiste principalement en arts visuels et dans le milieu universitaire. De 1991 à 2013, il met en pages la revue Espace Sculpture. Il réalise de nombreux livres, catalogues et publications pour le Centre de diffusion 3D ainsi que pour différents artistes, galeries et musées. Depuis 2010, Claude Guérin arpente méthodiquement, à chaque hiver, les sites de pêche blanche de la province québécoise pour y photographier les abris des pêcheurs.

Couverts_Cabanes.inddIl se rend à plusieurs reprises sur les eaux glacées du Saguenay, de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent ainsi qu’au large des lacs Saint-Pierre, Saint-Louis, Saint-François et des Deux Montagnes aux alentours de Montréal et Trois-Rivières. En 2015 il parcourt tous les sites de pêche de la Gaspésie, de Rimouski et L’Isle-Verte, et quelques autres du Nouveau-Brunswick et de la péninsule acadienne dans la baie des Chaleurs. Il présente 38 photos grand format de ses « plus belles » cabanes.

Le site de C. Guérin : www.claudeguerin.photos

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