Les Louanges, un son sur-mesure

Une musique pop-jazz au flow moderne, teintée d’accents groovy. Le tout, en restant « unique, à sa manière » .

Le premier album qu’il achète est Demon Days de Gorillaz, son idole absolue Frank Ocean. Il écoute beaucoup de funk, de rap et de R&B mais l’un de ceux qui l’ont poussé à écrire des textes « plus sulfureux » est Philémon Cimon, « tellement vulnérable dans son dernier album ». Lui, c’est Vincent Roberge, alias Les Louanges, jeune québécois de vingt-trois ans installé à Montréal qui créé un son et un monde à sa mesure. Un premier EP en 2016 puis un album deux ans plus tard permettront à l’artiste de déconstruire les genres musicaux pour créer de ce grand mix d’univers une musique pop-jazz au flow moderne, teintée d’accents groovy. Le tout, en restant « unique, à sa manière » . A la sortie d’un été brûlant marqué par plus de quarante shows au Québec, retour sur le parcours d’un garçon aux idées affutées, alors que son nouveau clip Attends-moi pas est encore tout chaud et son nouvel EP, Expansion Pack, annoncé pour ce mois de septembre.   

Ta musique se nourrit de nombreuses influences que tu sais ré-inventer. Quels ont été tes premiers coups de foudre musicaux ?

Vincent : Le premier album que j’ai acheté dans ma vie, et cela montre à quel point je ne suis pas très vieux (rires), était Demon Days de Gorillaz. Sans trop le savoir et à force de l’écouter, cet album-là m’a amené à un travail d’introspection. Je rajouterais aussi leur autre disque Plastic Bitch. Tout ça a été un peu formateur pour moi car dans l’idée, on parle de faire ce que l’on veut, que ce soit de l’électro, du hip-hop ou de la dance. Cela m’a enlevé certains complexes en même temps que cela remet en question un certain encadrement des styles de musique.

Cela t’a donc permis de t’émanciper musicalement parlant ?

Vincent : J’ai en tout cas ensuite essayé de faire l’album que je voulais entendre et que je n’arrivais pas à entendre en tant que mélomane québécois. Avec les artistes de ma génération, on se croise souvent, on essaie peut-être de ré-inventer tout ça. J’ai des amis à Montréal qui font le groupe Choses Sauvages, quelque chose d’excellent, une espèce de semi-disco. Mon but est d’écouter le plus de musique possible et je reste un grand fan de R&B ou de hip-hop. Je me disais alors « pourquoi pas amener tout ça mais avec une identité québécoise? » Je me trouvais un peu dans une impasse parce que j’aimais ces styles-là. J’aime écouter du Anderson Paak ou du Frank Ocean ; des trucs qui sont ancrés dans leurs réalités et leurs contextes. Je me disais que rien n’était implanté dans mon contexte.

 

 

Le guitare-voix n’est donc pas vraiment ta tasse de thé ?

Vincent : J’écoute des choses très différentes. J’adore par exemple Philémon Cimon. C’est un artiste exceptionnel ! Son premier album enregistré à Cuba était « débile ». Son dernier est une sorte de livre, il a eu cette idée de faire des chansons qui parlent d’enfance, de nature, du terroir québécois, c’est presque extrémiste ! Dans tous ses disques, les instrumentations et les paroles sont très développées et c’est certainement quelqu’un qui a dû me donner envie d’écrire des textes plus sulfureux. Chez nous au Québec, dans notre enfance, il y a parfois ce carcan de la famille, de la religion… Philémon arrive a mettre le sexe là-dedans, c’est complètement « weird » (rires). Mais d’une vulnérabilité complètement folle.

Te concernant, qu’est ce que tu voulais apporter de ta culture québécoise ?

Vincent : On dit souvent que québécois et français sont cousins. Je pense que profondément, nous les québécois restons des américains francophones. Je ne dis pas que c’est bien ou mauvais mais nous restons tout de même un produit de l’Amérique. Je me sens traversé par ça et puis en même temps, je ne voulais pas m’inventer un personnage ou une musique car, ce qui reste le plus universel est le plus personnel. Le gangsta-rap ne devrait pas marcher quand 90% de l’auditoire est fait de petits blancs (rires). Je pourrais aussi parler de Michel Tremblay, auteur de la pièce de théâtre Les belles-soeurs, très populaire au Québec. Il est aussi devenu très populaire au Japon : la vie d’une femme ouvrière québécoise ne devrait pas avoir spécialement d’écho au Japon et puis finalement, tout le monde s’y retrouve. Car il y a une honnêteté et une sincérité. Mon idée quand j’aime un style de musique n’est donc pas de la copier mais de raconter ce que moi je vis, en y rajoutant quelques accents poétiques afin de pouvoir m’approprier tout ça.

Et à quoi ressemble le quotidien d’un jeune montréalais ?

Vincent : Je pense que c’est pas mal la même vie que n’importe quel jeune en occident. Les seules différences sont nos repères historiques, nos piliers culturels qui diffèrent et dévoient peut-être les mœurs. Sommes-nous vraiment différents des jeunes parisiens ? Bon, chez vous il y a peut-être un peu plus de stress, de pollution et de bouchons (rires). Nous, on ne peut pas dépasser tout le monde en scooter ! Mais je pense qu’en prenant de la hauteur, nos envies sont les mêmes et c’est pour cela que nous pouvons apprécier de la musique qui vient de loin, même si le quotidien se ressemble moins. Finalement, en écoutant de la musique, on recherche tous la même affaire.

Plus jeune, à quoi ressemblaient les affaires de Vincent ?

Vincent : J’ai grandi sur la rive sud de Québec. Nos banlieues ne sont pas les mêmes que chez vous (rires). Ici ce sont des quartiers résidentiels ; j’ai eu cette vie à la petite ville, sans grand chose à faire. J’étais avec mes potes et on vagabondait, au milieu de petites histoires de dealers sans prétention. C’était de la belle mythologie de parking (rires). Rien de bien grandiose. Adolescent, j’ai ensuite amorcé des études en musique à Québec mais, je n’ai pas eu mon diplôme car j’ai coulé mes cours de composition. Je préférais faire mes choses à moi et composer pour moi, quand j’étais en musique classique, le contre-point me semblait trop mathématique. Après ça je suis parti à Montréal, à l’université, en littérature. Mais j’avais un album à faire puis j’ai commencé à réaliser que j’avais aussi un défaut d’attention. Alors j’ai testé aussi de la médication pour pallier ça. Evidemment tout ça n’a pas fonctionné alors j’ai arrêté la médication puis j’ai arrêté l’école. Maintenant je fais de la musique à plein temps et ça paye très bien mon loyer (rires).

C’est donc adolescent qu’arrivent tes premières envies de faire de la musique ?

Vincent : Je fais de la musique depuis que j’ai dix ans. Je viens d’un milieu artistique et personne ne m’a jamais embêté avec ça, au contraire. On m’a par contre toujours encouragé à étudier et travailler à côté. La vibe était : « on te soutient si tu veux être un bohème, par contre tu as intérêt à être bon car on ne financera pas tes bêtises » (rires).

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Crédit @ LaPiscineMonAmour

Un bohème qui sort son premier EP en 2016 puis, deux ans plus tard, l’album La nuit est une panthère, qui dépoussière un peu les sons québécois habituels.

Vincent : Après coup, j’ai pu disséquer mon album moi-même, comme un universitaire finalement. Cela reste quand même un portrait d’où j’en étais rendu dans la vie. Ma vie en banlieue, mon upbringing, mon arrivée en ville, le passage de l’adolescence à la vie adulte… La moitié de l’album est un peu rap, avec un langage propre à ma manière de parler entre amis. Le reste des chansons est plutôt poétique. Tout ça était une manière de dire que si tu vis en banlieue, que tu vendes ou que tu consommes de la drogue, une autre voie est l’écriture, c’est un bon moyen de s’évader. Concernant le morceau La nuit est une Panthère, je pense que si l’anthropomorphisme c’est donner des qualités humaines à un animal, là je donnais des qualités animales à un état de la journée. Cela montre bien les possibilités qui s’ouvrent à nous.

Tu gardes un attrait particulier pour la nuit ?

Vincent : Je ne sais pas si je choisis vraiment de vivre la nuit mais, forcément quand je suis en mode studio depuis des mois, je me couche à six heures du matin. Mais oui, les aventures sont différentes quand il fait noir. Ce qui est intéressant la nuit est l’énergie ; on se sent plus en mode fauve (rires).

Un gentil fauve, si l’on en croit tes paroles.

Vincent : Je pense être assez romantique. Quoique, cette dernière année de tournée a été un peu difficile pour mon casting de bon garçon. L’EP qui s’en vient parlera d’ailleurs beaucoup de ça. Des relations, qui sont forcément plus difficiles. La chanson Westcott parlait de moi à l’époque qui déménage à Montréal en pensant vivre une vie d’artiste, une vie de bohème et qui se rend compte qu’il faut d’abord payer son loyer. Je n’ai aucune formation en dehors de la musique et rapporter de l’argent est alors compliqué. Dans ce temps-là, j’ai déménagé avec ma copine et je me suis rendu compte que je ne vivais pas une vie de rock-star à trainer en soirée à consommer n’importe quoi car, en plus du loyer, je préférerais mieux m’alimenter qu’acheter de la dope (rires). Et puis ben… J’aimais ma copine…! Donc mon train de vie n’était pas si rock and roll mais je n’avais aucune envie de me mettre dans le trou et de vivre n’importe quoi. Cette chanson parle de tout ça.

 

 

Elles t’ont apporté quoi, ces premières années à Montréal ?

Vincent : J’ai eu une relation de quatre ans qui s’y est terminée. C’est moi qui ai mis fin à ça. C’est quelqu’un avec qui j’ai passé les années difficiles. Elle faisait du théâtre et c’était compliqué aussi. Je n’en garde rien de négatif, c’est juste qu’à un moment donné j’avais besoin d’aller vivre mes aventures. Je ne sais pas si c’est un choix égoïste. Plus que la rupture, l’histoire m’a apporté et m’a aidé à me construire comme personne. Depuis, je suis toujours sur la route alors… Je pense qu’avec moi c’est tout ou rien, c’est à cent mille à l’heure ou rien.

Le fait d’enchaîner concerts et studios te fait manquer quelques relations ? C’est à regret ?

Vincent : Ca dépend. Je suis toujours ambivalent sur la question car je fais ce que j’ai toujours eu envie de faire et je n’échangerais ça contre rien au monde. Evidemment qu’après une quarantaine de shows et plus cet été, je n’ai pas eu le temps de voir beaucoup de gens. Mes amis, c’est mon groupe. Mon saxophoniste est la personne que j’appelle tous les jours, c’est mon ami, celui sur qui je compte et qui me ramasse (rires). Une autre question est aussi pour moi l’attention nouvelle que tout le monde me porte. Je ne sais pas encore quoi faire avec ça.

Tu as déjà joué en France par le passé, tu y as trouvé des styles musicaux qui te plaisent ?

Vincent : J’ai fait la première partie de Vendredi sur Mer à Lyon, un groupe que j’adore. Tout comme les rockers parisiens de Grand Blanc. Il y a aussi l’artiste qui fait de l’électro avec des boîtes de crayons, Jacque(s), qui est très créatif. C’est quand même assez « sauté » (rires). Pour le reste, il faudrait que je sois plus au courant du rap français aussi. Je n’ai pas assez écouté Orelsan et puis je sentais que sa toune sur la Saint-Valentin était… (rires). Je préfère quand c’est un peu plus gentleman. Ses derniers morceaux me parlent plus, sa chanson et son clip sur Défaites de famille sont parfaits.

Tu te vois vivre en France un jour et raconter ton quotidien de parisien ?

Vincent : Je fais ce que j’aime, je dis ce que je pense et ce que j’ai envie de dire. C’est mon pari le plus fier, celui de ne pas changer. Alors je raconterai toujours ce que je vis et ce que je ressens autour de moi. Je suis capable d’être unique à ma manière alors… Je veux l’être encore.

 

Propos recueillis par Jérémy Attali

Le site internet Les Louanges

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