Tom Leeb, la corde sensible

« Me livrer ne m’effraie pas. Je respecte énormément l’ADN de la folk qui est de raconter ce que l’on a dans les tripes. »

Ecouter la musique de Tom Leeb c’est d’abord écouter l’homme. Avec son premier album Recollection, l’artiste nous propose – en anglais – un carnet de photos à écouter racontant ses souvenirs le long de treize pistes, telles treize tranches de vie, faisant références à une histoire amoureuse non pas fantasmée mais vécue. Dans ses hauts comme dans son grand crash final. Puisque la création naît souvent de fêlures et de parcours tordus, le premier opus de Tom Leeb nous invite à tendre l’oreille autant que l’âme au gré des caresses de cordes et de voix de l’artiste. « J’ai toujours eu ça en moi, ce besoin de voir les gens se divertir et s’émouvoir. » En guise d’émotion, nul besoin d’une écoute approfondie. Cela saute au visage. 

Tom a plutôt touché à tout. Celui qui écrivait déjà des sketchs dans son école connaît assez vite la scène, les castings et les caméras. Et un premier envol aux Etats-Unis, aussi, à ses dix-huit ans. Pour étudier, progresser… et pas que. « J’avais besoin d’exister pour ce que j’étais et en France, trop souvent, on faisait rapport à mon père. C’était donc un simple besoin de se trouver. De savoir ce que cela faisait d’arriver dans une salle de classe sans que personne ne me connaisse. » En plus de se trouver, Tom apprendra la langue et s’enrichira de la culture et de l’esprit américain. Avec en point d’orgue de ce qu’il appelle « les deux plus belles années de ma vie », une rencontre. Artistique évidemment. « Il y a un mec qui m’a frappé. Il s’agit de John Mayer. C’est une star de la musique là-bas et il est aussi considéré comme l’un des plus grands musiciens du pays. C’est lui qui m’a donné envie de faire de la musique. » A son retour en France, et malgré un intérêt toujours prononcé pour la comédie, la cause sera entendue. Ce sera la musique et rien d’autre. « A mon retour en France je compose et écris beaucoup, mais je ne suis pas satisfait de moi. Je rature, je chiffonne, je jette. A cet âge et à ce stade, je copie beaucoup John Meyer et je n’ai pas encore trouvé ma patte. » Alors Tom cherche d’autres influences, d’autres univers, dans le but d’enfin exprimer le sien. « Je me tourne vers des anglo-saxons comme Ben Howard, Justin Nozuka ou Matt Corby. » Puis, un léger retour en arrière avec Bob Dylan, histoire de boucler la boucle. Du frais autant que du vintage. Et des premières tentatives auprès des maisons de disque. Celles-ci répondent que tout ça est un peu jeune. Qu’il est peut-être un peu trop tôt. « Ok, je recommence, je retravaille, je réécris. Je continue de me nourrir. » Tom se nourrit des gens, de ses expériences et du monde qui l’entoure. Il progresse. S’affirme. « En tant qu’artiste j’évolue chaque jour, chaque heure, car je m’inspire de tout ce qui se passe autour de moi. Tout cela s’est concrétisé en ce qui concerne la musique et j’ai progressé pas à pas, au niveau de ma voix, de l’écriture ou de la guitare. » La mue touche à son terme et c’est la maison de disque Arrow qui tirera en premier.

 

 

Tom Leeb, guitare – et histoire – chevillée au corps

Si l’on devait dessiner Tom ce serait une guitare en bandoulière. Parce que l’artiste y touche matin et soir. Et un peu entre les deux aussi. « J’écris et je compose chez moi. J’ai mon studio sous les toits dont j’ai fait un petit cocon où j’ai mes guitares, mon micro, mon univers. Parce que pour créer, j’ai besoin d’être dans un cadre qui me ressemble. Quand je sors du lit, je suis obligé de prendre ma guitare et de jouer, c’est pour moi une façon de me réveiller. Certains boivent leur café, font des exercices ou de la méditation. Moi, ma méditation c’est la musique. » Musique chevillée au corps, Tom a passé des heures dans son univers dans le but de progresser et de s’affiner. Le fruit d’un travail acharné autant que passionné que l’on retrouve dans Recollection. Une musique organique, enrobée de guitare acoustique, tendant vers un folk-blues léché agrémenté d’une touche de pop qui ne gâche rien. Un grain de voix entre le rauque et le cassé collant à la personnalité du bientôt trentenaire. Pour ce premier projet, pas d’orchestre en grande pompe ni d’arrangements brouillant les pistes. Une voix, une guitare. Des paroles sincères et imagées. De l’émotion en barre. Tom Leeb s’écoute comme une période de vie défile. Premiers sentiments, premiers tourments. Première petite mort aussi. « Il y a un morceau dans l’album qui s’appelle « You and I » auquel je tiens beaucoup. Je revois très bien le moment où je l’écris : j’ai commencé à composer la ligne mélodique à la guitare il y a six ans, dans un coin à l’aéroport de New-York. Quand j’y repense … » Quand il y repense ? « Elle raconte les premiers jours d’un chagrin d’amour durant lesquels je suis au plus mal, tellement paumé. C’est une histoire qui s’est arrêtée à cause de la distance et non pas parce que l’on ne s’aimait plus. Je n’arrivais plus à avancer et je me suis donc jeté sur ma guitare. C’est d’ailleurs à ce moment là que je trouve ma voix, mon style. C’est « grâce » à ça, ce chagrin immense. » Le chagrin, meilleur ami de l’artiste ? « Je ne sais pas parce que… cette fille m’a quand même bien achevé, même si c’est sans faire exprès, même si c’est juste car elle ne voulait pas vivre si loin de son mec. Alors est-ce que j’aurais préféré ne jamais la rencontrer ? Je ne pense pas… Je préfère en avoir chié pendant six ans mais écrire cet album, que de n’avoir jamais affronté cette peine. »

 

 

« Compose et vie les choses comme tu les ressens »

Sensible à la musique, sensible à la vie. Sensible aux autres aussi, comment Tom vit-il la sortie de son album et la découverte de son univers par le public ? Parce qu’il observe et se nourrit des gens qui l’entourent autant que de ses propres expériences, Tom brûle d’envie de partager sa musique et ses émotions. En restant lui-même, encore et toujours. « Je sais une chose, c’est que l’on ne peut pas plaire à tout le monde. Ce qui veut donc dire aussi que l’on peut plaire à des gens. Il y en aura parmi cette audience qui vont se retrouver dans ce que je fais. Je joue donc pour me sentir bien et pas en me disant à chaque accord ou à chaque fois « ah, j’espère plaire ». Aux Etats-Unis, j’ai appris à m’assumer et j’ai retenu une expression qui m’habite depuis : « Do your thing ». Fais ton truc. Compose et vie les choses comme tu les ressens. » En guise de premier « truc », Recollection de Tom Leeb sait en tout cas taper juste. De quoi être fier du produit fini ? « Je sais en tout cas qu’aucune chanson ne m’a frustrée car il est rare que je ne termine pas un morceau. Mais ça a pu m’arriver d’être frustré comme un dingue parce que je n’ai pas une liberté vocale comme peut l’avoir Bruno Mars qui fait ce qu’il veut de sa voix, car aucune note ne le dérange. Ne pas avoir cette liberté vocale mais plutôt une limite sur certaines notes m’a frustré car j’avais trouvé une mélodie qui me parlait mais ma voix ne suivait pas. Ce regret de ne pas pouvoir aller dans des zones que tu veux pourtant explorer… Alors je fais avec (rires). » Tom ayant toujours su être patient, persévérant et méthodique, l’envolée lyrique sera peut-être pour plus tard, l’artiste avouant s’être déjà replongé dans l’écriture. Avant, il y aura la scène. A vivre, assurément. Vivement maintenant et vivement la suite.

Propos recueillis par Jérémy Attali

Tom Leeb à retrouver par ici  

Et en tournée partout par là : 

• 16/11/19 – Les Trinitaires (Metz) – France

• 17/11/19 – La Marquise (Lyon) – France

• 19/11/19 – Poste à Galène (Marseille) – France

• 21/11/19 – Le Rocher de Palmer (Bordeaux) – France

• 22/11/19 – Le Rex de Toulouse (Toulouse) – France

Comments

Be the first to comment on this article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Go to TOP