Pauline Dufour, plasticienne entre rêve et réalité

Artiste en mouvement et toutes dimensions, Pauline use aussi bien d’encre, de feutres et de pinceaux que des nouvelles technologies pour dérouler sous les yeux de son public de multiples paysages.

Organiques et techniques, libérées et géométriques, les oeuvres de Pauline se créent et s’animent autant à l’aube du hasard que de la maîtrise. Débarquée à Nantes depuis quelques années, la plasticienne se nourrit de l’énergie créatrice de la ville atlantique et trace des traits d’union subtils entre imaginaire et réalité.

L’univers de l’artiste n’est définissable que dans sa complexité et la richesse des outils et supports utilisés. Influencée très jeune par l’architecture, celle qui grandit à Limoges est très vite convaincue d’être faite pour dessiner. Après des cours du soir en modèle vivant au collège, une prépa à Paris puis les Arts décoratifs à Strasbourg, le destin semble tracé et la passion se transformer en vocation. « Mes premières rencontres artistiques sont mes professeurs autant que les beaux-arts et l’art contemporain», se souvient Pauline. « Je suis rapidement fascinée par du classique comme Albrecht Dürer que du contemporain avec Ernest Pignon Ernest. » Suivront ensuite des intérêts marqués pour un art plus conceptuel incarné par Bruce Nauman ou Rudy Ricciotti. Des attraits multiples, des sensibilités diverses et une curiosité pour les arts en général autant que pour le monde qui l’entoure au quotidien : « Je me nourris de ce que je vois, des visages que je traverse, des artistes que j’aime. De la musique, avec laquelle je travaille, pour donner un certain rythme à mes dessins. J’ai toujours beaucoup observé la nature, son silence autant que ses bruits et j’ai besoin de ce mélange entre la ville et les grands espaces. C’est certainement ce qui rend mes créations si vivantes. » À Nantes, ville moderne à taille humaine proche de la campagne comme de l’Océan, Pauline ne pouvait que trouver que ce qu’elle cherchait : le temps de respirer, d’observer et de se nourrir de l’environnement qui l’entoure. Puis de créer, en liberté.

 

 

Ce don d’observation se traduit souvent par une création inspirée d’un moment vécu ou ressenti. Sa série Jungle Fever est en effet tiré d’un road-trip de plusieurs semaines dans la jungle brésilienne, qui débouche ensuite sur des dessins laissant la part belle à l’imagination. Et c’est bien ce talent si particulier que manie avec délectation l’artiste : caresser la douce frontière existant entre le réel et l’imaginaire, l’évasif et le détail suprême. Un travail parfois artistiquement funambulesque, des traits tantôt francs tantôt fragiles, s’enlaçant à l’extrême afin de donner du corps et du coeur à une pensée légère, altérée d’autres fois par des points par milliers, nuages de nuées que l’on ne peut saisir – mais qu’il est si doux de sentir frémir. « Ma technique préférée consiste à dessiner avec des pointes très fines à l’encre. À jouer avec le fait de ne pas pouvoir enlever de matière, mais d’en rajouter sans cesse. Je travaille avec des matières ineffaçables et j’aime cette contrainte. » Une contrainte salvatrice qui ouvre bien souvent le chemin au hasard ou du moins à l’impulsif. Tout en délicatesse et en maîtrise.

Attirée par l’innovation technologique, l’artiste exerce aussi dans le franchement futuriste : la réalité virtuelle. Jusqu’à utiliser le dessin en 3D dans ses créations : « Il s’agit de dessins en Tiltbrush (réalisés avec deux manettes dans les mains et un casque de réalité virtuelle sur la tête). Une technique immersive qui s’apparente à de la performance, car je dessine en live sur un fond musical dans un espace donné alors que la création est projetée sur un écran et que les gens observent en direct l’avancée du travail. » Avec toujours ce défi de la liberté et de la feuille blanche qui se remplit et prend forme. « Je me pose la question de savoir comment on peut dessiner aujourd’hui, car je n’ai pas envie de reproduire ce qui a déjà été fait. » En ressortent des créations singulières et des techniques de demain qui correspondent à ce que projette Nantes en termes d’architecture, d’entrepreneuriat et de créations de nouveaux lieux de vies.

Pauline est à l’aise dans ces disciplines, se servant elle-même de technologie dans son travail : « Je prends par exemple très souvent mes créations en photo avec mon téléphone afin d’en observer les défauts et de savoir quoi retoucher ou non », explique-t-elle. Un téléphone qu’elle utilise beaucoup pour partager ses créations sur Instagram – un réseau social idéal quand on travaille sur l’image – ou lier des contacts avec d’autres artistes. C’est par ce biais que prendra forme sa collaboration avec le musicien électro Fhin. Une nouvelle manière de lier musique et dessin, ressentis et atmosphères dans un deuxième exercice de réalité virtuelle. Artiste en liberté, Pauline est en constante recherche et son regard ne sait que pointer vers les lendemains.

De sa fenêtre et depuis son appartement-atelier où trônent sur le parquet livres d’art, pinceaux, feutres, stylos et chevalets, elle observe souvent le chantier de démolition qui se joue devant elle. « Je prends souvent en photo les avancées de cette déconstruction, jour après jour. Je trouve ça triste que la chapelle que l’on aperçoit aujourd’hui disparaisse bientôt. Alors je sais que je vais faire de ces moments et de ces émotions un dessin. Je ne sais pas encore quoi, mais c’est là. » Soit de nouveaux regards et de nouvelles observations avant une nouvelle feuille blanche à remplir.

 

Propos recueillis par Jérémy Attali
Crédits photos : © Jérémy Attali 

Pauline Dufour en performances au MIRAespace les 2 juillet, 29 août et 17 septembre à 21h
Retrouvez les expositions de Pauline ainsi que son compte Instagram

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