Clou, coups de tonnerre et pluie d’été

Son dernier EP « Comment » nous a permis d’entrevoir un album à venir plein de promesses. Entretien avec une artiste oscillant entre coups de tonnerre et pluies d’été, toujours avec style et élégance.

Nous sortons d’une période tout en confinement et nos vies reprennent doucement leur cours. Ces moments un peu suspendus ont permis à chacun, au choix, d’angoisser beaucoup, de prendre le temps pour se recentrer un peu, de s’accomplir à travers soi et ses activités du moment, ou, encore, de braver les gendarmes franchement en s’octroyant de longues ballades dans un Paris tout vide. A quelle catégorie d’anciens confinés appartiens-tu ?
Clou : J’appartiens à la catégorie des obéissants ! Je suis restée sagement chez moi oscillant entre les jours d’angoisse et les moments introspectifs. J’ai beaucoup dessiné et appelé mes proches, dormi et fait des insomnies.

J’ai lu ici et là que tu fais de la musique « depuis toujours ». A quand remontent tes premiers souvenirs de Clou, un instrument à la main ou fredonnant quelques chansons ?
J’ai commencé le piano à l’âge de cinq ans et j’ai inventé mes premières chansons vers cet âge-là. Je me souviens que ma grand-mère paternelle m’enregistrait avec un énorme radiocassette. J’inventais des génériques de dessins animés imaginaires avec ma sœur aussi. C’était très ludique déjà.

 

 

La rumeur veut que tu sois un savant mélange d’influences françaises autant qu’anglo-saxonnes. Entre Renaud, Bob Dylan et NTM, comment estimes-tu que ces artistes déteignent dans ton travail d’aujourd’hui ?
Je pense que Renaud m’a permis d’aborder l’écriture avec sincérité. Il utilise des mots familiers, transforme des expressions, s’amuse beaucoup et construit sa propre poésie. Malgré cela, ses chansons restent construites d’une manière très classique – pour moi –  mais ce qu’il a à raconter ne l’est pas ! Ça m’a énormément plu quand j’étais petite, ça m’amusait de chanter « Laisse béton » et « C’est quand qu’on va où ». J’essaie de garder, à mon tour, cette sincérité dans l’écriture. La folk américaine m’a donnée envie de chanter, avec Bob Dylan, Paul Simon et Joni Mitchell. Je crois que la guitare, les arpèges, les harmonies, tout ça est en filigrane dans toutes mes chansons. Et puis, puisque tu parles de NTM, c’est comme IAM et d’autres, j’ai grandi avec eux tout simplement alors ils font partie de moi d’une certaine manière.

La littérature prend également une place certaine dans ta vie. Est-ce également une source d’inspiration ?
La littérature est une immense source d’inspiration, c’est même un compagnon de route. J’ai toujours lu. Les livres sont mes premiers amis, sans blague ! Ils brûlent tous d’un feu différent dans ma bibliothèque. Ils m’inspirent des mots, des histoires, font écho à mon expérience, comme par exemple « Poteau d’Angle » de Henri Michaux avec la chanson « Comment ». Ou encore « Martin Eden » de Jack London qui fait écho à « Comme au cinéma » en pointillés.

J’ai appris qu’avant la chanson, tu n’étais pas forcément du métier. Avant même les fameux passages à la radio que l’on t’a demandé de commenter mille fois, j’aimerais plutôt savoir à quel moment la musique te rattrape, quelle conviction t’anime au point de faire le grand saut dans un concours radio ?
Cela faisait des années que je jouais mes chansons dans mon coin, j’avais eu un groupe de folk qui tournait un peu aussi. Et puis, ce radio-crochet est venu un matin, dans ma radio, entre les tartines et le café. Je partais travailler. C’était comme si on m’avait contacté, dès le réveil pour me dire « t’as pas envie de faire tes chansons toute seule ? Et de voir si ça peut toucher des gens ? ». J’ai sauté le pas avec angoisse mais aussi une certaine évidence. Je ne peux pas concevoir ma vie, et même la vie tout court, sans être passionnément portée par ce que je fais, cela me semblerait absurde.

 

 

Ton dernier EP annonce un joli album à venir, Orages. Si on tend l’oreille sur ta carrière musicale, et on met de côté Rouge qui contredit un peu ma théorie, tu exerces plutôt dans le sentiment sensible mais souvent pétillant, le frais, voir le dansant. Est-ce que tu caches bien ton jeu et, est-ce que ton prochain album annonce cette fois foudres et coups de tonnerres ?
Je cache bien mon jeu, tout à fait (rires). Je pense que ma musique est remplie de contrastes, comme nous tous, chaque jour. Je ne suis pas un monolithe (promis !) et les sentiments et les émotions qui m’habitent sont multiples. Un jour sera plus introspectif et sensible, un autre sera joyeux et dansant. C’est comme un faisceau de chansons différentes qui se croisent et construisent un album tout en relief. Alors, oui, il y aura des coups de tonnerre mais aussi des pluies d’été.

Le coup de foudre musical qui opère justement entre Dan Levy et toi te pousse-t-il à aller plus en profondeur dans ce que tu as envie de raconter ?
Oui, exactement. Dan Levy ne m’a pas laissée dans le confort de ce que j’avais l’habitude d’écrire. Il m’a dit, tout simplement : « mais si tu pouvais dire ce que tu veux, tu dirais quoi ? Qu’est-ce que tu as à raconter ? ». Il m’a permis d’enlever des filtres entre l’écriture, la composition et moi : les filtres du paraître, du « bien faire », du « oui, mais c’est trop sombre là ! ». Le résultat est forcément plus intime et, je l’espère, plus intéressant.

De manière générale, est-ce que ta musique est pour toi une manière de dire ce que tu ne dis pas d’habitude ?
Non, la musique est la continuité de ce que je dis d’habitude. C’est très représentatif de ma manière d’être. Je verbalise beaucoup, je suis plutôt directe, je dis ce que je pense. Il n’y a pas de face cachée. Par contre, je suis très emphatique (la plupart du temps, n’est-ce pas), alors je choisis mes mots.

Il semble probable en fouillant tes textes que tu as aussi un goût prononcé pour le cinéma, l’image, les symboliques. Comment ces arts et ces ressentis se retranscrivent-ils en musique ?
Le cinéma est un refuge, un art, un mystère aussi. Il fait partie de ma vie comme la littérature, comme la musique et comme le dessin. C’est un compagnon de voyage, un merveilleux ami. Je pense que dans ma musique, on peut le retrouver de deux manières. D’abord dans certains textes qui sont très imagés et je l’espère cinématographiques. Ensuite dans la musique et les arrangements surtout : par exemple, un quatuor à cordes accompagne certains titres et il transforme tout de suite une chanson ordinaire en une image.

 

 

Comme au cinéma est également un charmant morceau de ton EP. On brûle d’envie de savoir ce que Clou couperait dans le film de sa vie? Interdiction de répondre « rien », tu t’en doutes.
Et bien, Comme au cinéma fait écho à plusieurs livres où les personnages sont si passionnés qu’ils peuvent « couper la fin » si ils n’arrivent pas à vivre leur passion. « Couper la fin » pour Jane Eyre c’est tout d’un coup quitter sa nouvelle vie pour rejoindre son grand amour alors qu’il est défiguré, que sa maison est détruite et qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même. « Couper la fin » pour Jack London dans Martin Eden, c’est se jeter dans l’océan. Moi, je n’en suis pas encore à ces choix-là. Je verrai bien.

Tu expliques dans Comment que l’on tient tous plus ou moins debout. Et Clou, comment tient-elle debout ?
Clou tient debout mais ne lui demandez pas comment (rires) ! Blague à part, je tiens debout grâce à mes proches, mes passions… et le café, bien sûr !

 

Propos recueillis par Jérémy Attali
Crédit photo : ©Marta Bevacqua

Le dernier EP de Clou est disponible depuis le 1er mai 2020

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