Gab Bouchard, le roc(k) écorché

Dans son album « Triste pareil », Gab Bouchard exprime la grande tragédie des histoires amoureuses qui finissent mal. Un son axé pop-rock, des paroles sans concession et une introspection touchant à l’universel : plus triste qu’une histoire d’amour, il y a ne pas encore connaître le jeune artiste québécois.

Comme en France, le confinement a pris fin au Québec. Comment as-tu vécu cette période  ? 
C’était une période angoissante mais j’en ai profité pour retourner chez moi, dans la région du Lac-Saint-Jean. C’est rare que je puisse y rester aussi longtemps. J’ai pu passer beaucoup de temps avec ma famille. Je suis maintenant rentré à Montréal et je suis ravi d’y être.

Et on sait que ta région natale est un endroit auquel tu tiens beaucoup. Plus jeune, tu as le souvenir d’y avoir écouté beaucoup de musique ? Ton univers semble être inspiré – entre autre – du rock British.
J’écoutais beaucoup de monde… Nirvana et tous les groupes de cette époque qui trainaient dans les bacs. On s’inspire toujours de ce que l’on a écouté, sans même le vouloir. Je pense que le subconscient  nous ramène à ce que l’on a aimé. Mais oui, je suis d’accord pour l’influence British rock, ça me plaît !

Ton album aborde largement la question de la rupture amoureuse. Tu le conseillerais à quelqu’un de déprimé ?
Je pense que oui ! Surtout quand on est un peu plus déprimé que moi (rires). Et puis les gens trouvent que c’est le fun que j’aligne des mots sur ce qu’ils vivent, ou ce qu’ils ont vécus. C’est agréable d’avoir ces retours. Mes paroles peuvent être très moroses, très tristes, mais l’important est que cela colle bien à ce que je veux dire, du début à la fin. Je pourrais donc largement conseiller de l’écouter, et que je me sentirais pas trop mal après ça.

 

 

Pourquoi avoir écrit sur le thème de l’amour en particulier ?
Le thème de l’amour est un peu universel. Surtout quand ça ne marche pas. Ce n’est pas près d’être une source d’inspiration qui va disparaître, mais après, personne ne voit tout ça de la même façon. Beaucoup des albums de Bob Dylan, par exemple, parlent un peu de la même affaire, mais c’est tellement beau, d’écouter des chansons de peine d’amour. Tout le monde peut vraiment écrire sa peine d’amour à lui, sa tristesse, et c’est là que ça devient cool.

Ecrire sur ta déception amoureuse était une sorte de thérapie ?
Pour passer à autre chose à un moment donné, oui. L’écriture a été un processus d’introspection. Cela a été libérateur et m’a aussi donné le goût de penser ensuite à d’autres choses. 

J’ai une question un peu plus personnelle. La personne dont tu parles dans cet album a-t-elle pu l’écouter ?
Oui. Elle était là au lancement. Nous avons continué à nous parler malgré les circonstances. Et puis aujourd’hui, nous nous sommes remis ensemble donc… Je pense que l’album a marché (rires) !

Dans La vie c’t’une peine d’amour tu dis qu’il est difficile de changer dans une relation amoureuse …
Je pense qu’il y a plusieurs façons de voir les choses mais… S’il est dur de changer par rapport à soi-même, ça l’est aussi par rapport à quelqu’un. En ayant dit ça, le piège est de ne pas réagir quand on voit que dans une histoire les choses dégringolent, on ne fait plus l’effort… Je pense que ça peut être une raison d’échec en amour. On n’est d’ailleurs pas obligé d’être une mauvaise personne pour que les choses ne fonctionnement pas. Mais j’arrive aussi à me dire qu’il est possible que l’on change par amour. Parce que c’est le bon moment pour soi, le bon timing… Oui, c’est aussi possible.

Tu penses alors écrire un prochain album sur l’amour heureux ?
Je ne pense pas ! Je crois que je vais laisser un peu l’amour tranquille pour mon prochain album (rires). Mais, on ne sait jamais. Ce que je sais c’est que j’ai du mal à écrire quand tout va bien. C’est peut-être mon petit défaut : le bonheur, les trucs qui coulent bien, la joie, je ne trouve pas tout ça super inspirant. J’en profite pourtant quand ça se passe. Donc je pense que je vais surtout retomber dans un mood un peu plus introspectif pour écrire. J’aime bien aussi écrire sur la nostalgie.

Tes textes sont justement très travaillés et s’apparentent parfois à une nostalgie que l’on retrouve dans la littérature, le cinéma …
Je me reconnais dans ce que tu dis, peut-être plus par rapport au cinéma car j’écoute énormément de films, de documentaires… Je ne lis pas beaucoup. Après je suis quelqu’un de très nostalgique à la base, donc cela vient aussi naturellement. J’aime me rappeler de l’endroit d’où je viens, repenser à mes amis et tout ce que l’on a fait ensemble. Cela peut rendre triste. Comme l’amour, la nostalgie peut être universelle.

 

 

Penses-tu appartenir à cette jeune scène québécoise qui semble être en quête de liberté dans leurs univers artistiques ?
Je n’ai jamais pensé à me situer mais, je sais que je fais une musique quand même assez rock, parfois plus pop… Après oui, sans doute, et en même temps j’écoute beaucoup d’anciens groupes, British ou français par exemple. Peut-être que nous voulons aujourd’hui dire les choses différemment avec notre propre vision de la chose. Peut-être que nous voulons aller ailleurs, mais pas nécessairement au niveau musical, je parle personnellement… Dans les choses que nous disons, plutôt.

Parce que la musique est pour toi un moyen d’exprimer ce que tu ne dis pas ailleurs ?
Oui ! C’est exactement ça. Il est plus facile de faire le clown en public, mais la vérité est qu’on se retrouve ensuite seul, à écrire sur des choses qui nous travaillent. La musique est une façon d’être un peu plus sérieux.

Tu penses que Gab Bouchard n’est pas un garçon assez sérieux ?
Je ne sais pas (rires). Je trouve ça plate d’être sérieux. Après, ce sont des moments… C’est de l’introspection. Quand j’ai quelque chose à dire, je sais en tout cas que je me sers de la musique pour le faire.

Tu disais écouter quelques artistes français ?
En France j’aime beaucoup Renaud, Brassens, Aznavour. Ce ne sont pas des petits jeunes mais je te l’ai dit, j’écoute pas mal de choses ! Tout comme les trames sonores des vieux films français. J’ai également découvert, il y a deux ans, Feu Chatterton et j’ai acheté leurs albums. En tout cas, c’est sûr que j’aimerais faire un tour dans votre coin de pays (rires).

 

Propos recueillis par Jérémy Attali
Crédit photo : ©John Londono

L’album de Gab Bouchard est disponible depuis le 28 février 2020

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