Nobro, le rock nerveux et intense

Que ce soit dans leur EP « Sick Hustle » ou en shows, les NOBRO débordent d’énergie et aiment la partager.

NOBRO déménage et les scènes québécoises en raffolent. Pour cela, mieux vaut s’y mettre à plusieurs, et c’est ce qu’ont fait Kathryn, Karolane, Lisandre et Sarah. Quatre filles dans la tempête d’un rock flashy, intense et nerveux à souhait. Rencontre avec les deux dernières, même s’il n’y a pas d’ordre, tant l’alchimie de leurs backgrounds musicaux saute aux oreilles. 

Nous sortons de plusieurs semaines blanches auxquelles le monde de la musique n’a pas échappé. Comment avez-vous vécu cette période ?
Sarah : Bien sûr que tout cela nous a beaucoup ébranlé au début, même si l’effet de panique est passé. Pour parler de NOBRO, nous étions en plus sur une belle lancée et on sentait que ça prenait, avec des beaux shows, des belles tournées. Puis nous sortions notre EP, on était sur les routes pour le jouer. On peut à présent recommencer à se voir, à pratiquer la musique. La machine redémarre.

NOBRO ne s’est en tout cas pas fait en un seul jour ni en une seule fois. Vous n’avez d’ailleurs pas toutes le même parcours musical.
Sarah : Cela s’est fait en quelques années en effet. Kathryn a bâti le projet en 2015. Son idée était de « shower-off » des femmes qui pouvaient vraiment coller à ses désirs de musique flashy, intense, rapide. Des prouesses musicales en fait. Tout cela a commencé avec Marie-Ana et Marta puis cela a ensuite changé. Je suis arrivée dans le groupe « along the way ». Je pense que nous avons trouvé la bonne version du groupe. Je ne sais pas exactement combien il y a de versions mais nous sommes parties pour rester et nous avons une bonne alchimie entre nous. Avec les changements, nous n’avions jamais vraiment le temps de prendre racine, de trouver notre son, alors qu’aujourd’hui on a vraiment le temps de le faire. Et c’est vraiment le fun.

 

 

Je sais aussi que vous avez joué dans plusieurs groupes, dans des styles musicaux différents ?
Lisandre : Nous n’avons pas toutes les mêmes sensibilités musicales de départ, mais on sait ce qu’est le son NOBRO. Kathryn apporte les idées principales puis nous incorporons toutes nos sensibilités ensuite. On peut avoir des backgrounds différents – j’ai par exemple étudié en percussions latines, ce qui n’a rien à voir avec le rock – mais ça finit quand même par fonctionner et cela crée finalement une identité. On ne se pose pas tant la question.
Sarah : Karo a fait de l’électro-acoustique, du free-jazz, moi-même du ska ou des bands de reggae et on sait qu’on veut toutes faire du rock. On veux toutes incorporer quelque chose et cela ne crée pas de tensions. Je pense que plus c’est éclectique mieux c’est : c’est ça qui fait que NOBRO est différent. Surtout en show, où on se permet vraiment d’étirer des parties, d’y aller encore plus intensément, de faire des solos ou des échanges, ça va vraiment partout tout en restant dans notre entité. C’est un vrai atout que l’on a de venir d’univers différents.

Vous aviez déclaré il y a quelques temps vouloir faire « du rock de fille ».
Sarah: Ça veut juste dire que nous voulons faire du rock nous aussi et que justement, cela ne sert à rien de dire rock de fille.
Lisandre : C’était comme une petite blague de dire ça (rires). Il n’y a pas du rock de gars et du rock de fille.
Sarah : On aura gagné notre bataille quand les gens diront simplement que nous sommes un band de rock. Mais de dire ça, c’était un « statement », une posture pour que justement cela fasse réagir, dans le bon sens !

Parce que vous aviez eu à subir des remarques plus ou moins sexistes ?
Lisandre : De moins en moins. Les gars peuvent être surpris parce que notre musique déménage vraiment ! On entend parfois après les concerts « ok, je m’attendais pas à ça ». Mais c’est de plus en plus rare.
Sarah : Les commentaires sexistes sont devenus très rares. On a fait nos preuves. Et puis vu les sets que l’on fait en show, personne ne viendra nous dire quoi que ce soit (rires). Notre musique parle d’elle même ! Notre but était d’avoir notre place sur scène en tant que femmes qui jouent fort, vite et vraiment bien. C’est ça que l’on veut véhiculer. Que les gens se disent que l’on peut faire ce que l’on veut même si ce n’est pas dans les standards. On a eu plusieurs fois dans des tournées de jeunes adolescentes qui venaient nous voir : « oh my God quelle musique, je ne savais pas qu’on pouvait faire ça ! »

 

 

Vous trouvez qu’il y a une grande différence entre l’énergie que l’on insuffle sur un EP et en show ?
Lisandre : On voulait justement faire transparaitre dans notre EP toute l’énergie du live et je pense que c’est réussi. Donc si tu dois retenir un message que l’on aime faire passer, ce serait celui-ci : l’énergie.
Sarah : On pratique beaucoup de scènes et les chansons restent les mêmes. Par contre la différence c’est qu’à chaque solo, on ouvre la porte à l’improvisation. Parfois, ce sera plus intense que d’autres.
Lisandre: On a fait aussi des premières parties dernièrement et on avait un certain temps pour jouer, entre 25 et 30 minutes. Dans ces cas-là, dans les premières parties, il n’y a pas beaucoup de place pour l’improvisation. Mais dans des shows d’une heure et demi on peut jouer vraiment comme on le veut et c’est un show très « open ».

Vous pensez que votre rock, à l’image du reste de la jeune scène québécoise, revendique un vent de liberté ?
Sarah : C’est dur à dire quand tu es dans la scène québécoise justement, car on manque peut-être de recul. Il y a tellement de bonne musique qui sort ces temps-ci. Je ne sais pas si on recherche un sentiment de liberté, on a trop le nez dedans. Peut-être que plus tard je te répondrai oui. Mais tu n’es pas le premier qui en parle, on avait une autre entrevue avec journaliste anglais qui nous demandais la même chose au sujet de la scène montréalaise. On dirait que vous voyez ça de nous. Nous, on est peut-être trop dedans !
Lisandre : A Montréal la scène est en tout cas un micro-climat, on est tous consanguins (rires). Tout le monde joue avec tout le monde. On connait tous les musiciens, les bands, on est d’ailleurs toutes et tous passés par plusieurs bands.
Sarah : C’est vraiment le fun et cela ressemble un peu à des familles. Je ne le dis vraiment pas de façon péjorative. C’est encore une fois une énergie, c’est très pétillant.
Lisandre : On s’influence les uns les autres et cela transparaît dans nos musiques. Cela se passe à Montréal et au Québec en général. A Quebec aussi, la scène est florissante. Surtout depuis 4 ou 5 ans.
Sarah : On dirait que la ville de Québec prend d’assaut Montréal (rires). Je pense à Les Louanges, à Hubert Lenoir. Tous ces mélanges, « ça fait des p’tits » comme on dit ici !

Vous avez l’impression que la scène pétillante dont vous parlez existe ailleurs, en Europe par exemple ?
Sarah : Je me rends surtout compte que je n’écoute absolument pas de musique ces temps-ci. Le fait de ne plus avoir fait de tournées quelques temps, avec chacun qui fait écouter son son à l’autre, on dirait que cela m’a fait un petit sevrage. Cela fait pas mal de bien de se vider la tête parfois. Mais on reste ouvertes à tes suggestions ! Qu’est qu’il faut qu’on écoute ? (rires)

Ce serait à vous de découvrir, pourquoi pas lors de futurs shows en France …
Sarah : Ce serait vraiment, vraiment nice ! Evidemment que oui. On a envie de découvrir et d’exporter ce que l’on fait. J’ai joué en France une fois, il y a plusieurs années, et je serais curieuse de voir comment les français accueilleraient la musique de NOBRO.
Lisandre : Bien sûr que serait le fun d’y faire une tournée. De voir l’énergie qui se dégagerait entre les NOBRO et le public de chez toi. Comme on dit, on croise les doigts !

 

Propos recueillis par Jérémy Attali
Crédit photo : ©Chris MacArthur

NOBRO sur Instagram et Facebook 

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