Les beaux habits de LenParrot

Le prochain album de LenParrot, « Another Short Album About Love », sort le 6 novembre. Entretien avec un artiste singulier aux incarnations multiples.

Parce qu’il faut parfois enfiler plusieurs costumes pour trouver celui qui nous sied le mieux, Romain Lallement débute sa belle épopée musicale avec les groupes Rhum for Pauline et Pégase. Mais, peut-être trop engoncé dans un vêtement incomplet, l’artiste décide de se lancer dans une aventure solo en 2013 et crée LenParrot. Une mue nécessaire, qui promet dès son premier album de désépaissir le cuir existant entre l’homme et l’artiste. Fragile autant que délicieux, l’univers du nantais enfile peu à peu ses plus beaux habits, de ceux qui s’exhibent à force de retouches. Sans triche et sans fard, il dévoile dans son album à venir « Another Short Album About Love » les multiples facettes d’un homme en quête de (sa) vérité. Soit le deuxième chapitre d’une aventure qui, sans renier ses ex, brille enfin de ses propres feux. Une fresque évolutive composée de onze titres, emplis de mille fragments de couleurs glanées ici et là, racontant les pérégrinations d’un personnage collant à la peau de l’artiste : sensible, incertain, ému, romantique, sincère dans ses victoires comme dans sa loose magnifique. Loin des héros en acier trempé d’un autre temps, LenParrot incarne plutôt les aventures et les fêlures d’un homme totalement ancré dans le sien. En terme de costume, l’artiste fait enfin dans le sur-mesure. L’album de LenParrot sort en novembre et nul doute qu’il saura nous habiller pour l’hiver. 

 

La sortie de ton prochain album « Another Short Album About Love » a été stoppée en plein élan par la crise sanitaire. Comment as-tu vécu cette période particulière ?
Romain : C’est comme si cette période avait été source de beaucoup de frustrations. Cela fait presque deux ans que je travaille sur l’écriture et la production de cet album. Quand le premier single, Freddie, est sorti le 11 mars, j’étais dans tous mes états ! Parce que cela faisait un an et demi que je n’avais rien sorti, j’étais donc impatient, inquiet, fou de joie, tout ça à la fois. Ce single a été hyper bien accueilli et il était censé être accompagné d’un temps de promo et de quelques dates de shows. Tout ça été arrêté net au moment du confinement. C’était un peu douloureux de devoir canaliser toute cette attente, toute cette émotion.

Comment as-tu finalement canalisé tout ça ?
Et bien… Je n’ai pas trop su comment le canaliser ! A l’heure où je te parle, je pense par contre que d’avoir décalé la sortie de l’album au mois de novembre fait que ce premier single a finalement crée une attente. Je ne peux d’ailleurs qu’espérer qu’il sera accompagné d’une tournée, si la situation le permet. Car je fais des disques pour ça, pour les défendre sur scène : c’est mon terrain de jeu.

 

 

Si l’on revient sur ton aventure solo avec Lenparrot, toi qui as aussi exercé en groupe, peut-on dire que cela t’a permis d’être plus direct dans ta musique ?
Ce projet solo a en effet donné, pour la première fois, des moments où la distance est annihilée entre la personne qui chante et moi. A plusieurs reprises déjà dans mon premier album, il n’y a plus beaucoup de flou entre moi, mes paroles et Lenparrot. Et c’est interessant que tu me dises que je suis plus direct grâce à ça car, je crois qu’à défaut d’être complètement « moi », le personnage est le même du début à la fin de mon prochain album. C’est moins une galerie de personnages, il y a une forme de trajectoire du premier au dernier titre et tu suis les pérégrinations d’un individu. Et j’aime enfiler ce costume qui ne change plus tout au longs des différents titres.

Est-ce que tu t’es nourri de certaines de tes influences musicales pour la créations de ce prochain album ?
Je ne sais pas si j’ai des modèles précis. Mes références picturales majeures – moins du côté de la musique d’ailleurs – durant l’écriture de mon deuxième album sont les romans graphiques de Brecht Evens. J’aime beaucoup l’image du looser et je crois qu’il y a quelque chose qui me fait profondément chier dans cette idée de héros absolu, que ce soit dans la culture cinématographique ou dans la musique. Je n’aime pas quand c’est trop distant, quand dans aucun endroit cela ne se casse pas la gueule, quand tout excelle. La fragilité assumée me semble désarmante et m’intéresse beaucoup plus. Ça me met par terre parce que plus il y a de la sincérité à fleur de peau, plus elle est exposée, plus j’ai envie de suivre la personne qui me raconte ces histoires jusqu’au bout de la nuit. C’est la raison pour laquelle les héros chez Brecht Evens, comme dans Les rigoles ou Les noceurs, me parlent autant. Quand le roman débute, tu as généralement envie de mettre des baffes à la personne qui t’est dévoilée (rires). Mais au fil des zigzags et des atermoiements du protagoniste, tu n’as plus envie qu’il crève la gueule dans le caniveau mais qu’il s’en sorte un peu, qu’il réalise que ce sont les fêlures qui sont les siennes qui l’aideront à se redresser. Je crois que, outre tout cet univers graphique complètement dingue dans ses bouquins, c’est aussi l’idée de débuter une histoire en début de soirée et de ne la quitter que la nuit passée qui me plaît. C’est vraiment comme ça que j’ai construis la narration de mon album.

 

 

Tu trouves que les héros d’hier et d’aujourd’hui souffrent encore de trop d’assurance, voire de virilisme à outrance ?
Il y a encore beaucoup à faire, mais je crois qu’un changement s’opère. Peut-être trop lentement aux yeux de certains, probablement à raison. Mais je pense que quelque chose est en train d’être remodelé. La figure masculine un peu « mec », un peu virile, et donc de fait un peu sexiste, est acculée. Il n’y a plus rien à en raconter d’intéressant, tout a tellement été fait mille fois, en tant que figure totalement anthropocentrée. La créativité penche à mes yeux du côté d’une figure masculine plus féminisée, et inversement du côté des femmes. On réinvente des narrations plus vraies, en partant d’un postulat plus sensible, plus fragile, et surtout nourri de questionnements. On est moins dans l’affirmation, et c’est ça qui m’a toujours passionné sur scène ou dans mon processus d’écriture. Je pars du principe que je n’en sait pas plus que les autres mais, si on se posait ces questions ensemble ? C’est là que l’intérêt opère et que cela devient enrichissant.

Le fait de composer et d’écrire en solo t’a aussi poussé dans tes retranchements ?
Complètement. C’est comme si j’avais toujours eu un truc un peu costaud à délivrer, que je faisais un peu par bribes, de façon peut-être trop timorée dans mes premiers travaux. Là, quelque chose est sorti, quelque chose d’hyper conséquent, d’un peu violent… Une fois ce truc-là de fait, c’est comme si j’avais accouché d’une douleur et que cela me rendait plus serein. Mais, en même temps, une fois que j’ai dis ça, ça ne veux pas dire que je devais aller sur quelque chose de plus… Beach Boys (rires). Mais cela a laissé cours à plus de prises de risques, à ce que je ne perde pas de vue que mon écriture soit plus prégnante, avec une volonté de sortir de ma zone de confort. J’ai trouvé une sorte d’horizon avec tout ça, cette idée que cela devait vraiment en valoir la peine.

En analysant ce parcours tu trouves qu’il colle complètement à tes envies, ou que tout ça est plutôt une histoire d’imprévus ?
Ce sont les deux en même temps. Quand je commence en 2013 à écrire des paroles pour LenParrot, je n’ai pas de plan particulier. Il y a eu des aventures, des rencontres et c’est ça qui fait que six ans après je ne me lasse pas. Je trouve que prolonger cette histoire est digne d’intérêt car je ne m’étais justement rien fixé et qu’à plein de reprises, cela a dépassé de tellement loin ce que je m’étais figuré ! Dans les collaborations, dans la qualité d’écriture : je trouve assez jouissif que contrairement à plein de choses que j’ai pu faire avant, quand je regarde mes premières paroles il y a six ans, j’ai beaucoup de tendresse, de respect aussi pour ce qui était ma pensée à l’époque. Même si, évidemment, je la trouve plus aiguisée aujourd’hui. Et puis, je suis également vachement stimulé par tout ce qui est à venir. Il y a quelque chose de chouette à avoir une sorte de patine qui se fait avec le temps, et des questionnements qui sont certes un peu les mêmes mais qui avancent. C’est ça qu’il est interessant d’observer : une écriture et une parole qui avancent. J’aurais eu mille fois l’occasion d’y mettre un terme si j’avais eu ce sentiment dégueulasse de faire du sur-place.

 

 

Tu disais il y a quelques années, à l’occasion de la sortie de ton album Naufrage, que la musique pouvait sauver de tout.
Complètement. Et pour en revenir finalement à ta première question, j’ai réalisé que cette période extrêmement anxiogène qu’était ce confinement, m’a amené à me retrouver avec ma conjointe et ma fille H24 en remettant en perspectives certaines questions. Quel est mon métier, qu’est-ce que ça veut dire, est-ce quelque chose d’un peu vain ? Surtout au moment où des professions totalement invisibilisées d’habitude prouvaient leur indispensabilité. Alors que moi, j’écris des chansons… « Mais qu’est-ce que je fous » (rires). A défaut d’avoir eu la liberté et le temps de faire des chansons, j’étais dans des schémas concrets et pragmatiques. J’ai aussi vu à quel point je suis quand même un garçon pas très serein, un peu angoissé par l’instant (rires). Mais oui, j’ai pu trouver refuge dans la musique et pas mal de disques m’ont sauvés !

Tant bien que mal, la vie culturelle semble redémarrer doucement …
La seule chose qui me fait un peu flipper c’est que ça y est, des dates sont recalées à Nantes ou Paris. Une tournée est en train de s’agréger autour. Et il y a pour autant la possibilité – et non la probabilité – que rien ne fasse à l’automne. Cela a un côté effrayant de se dire qu’un retour «  à la normale » s’esquisse doucement mais, avec énormément d’inconnues dans l’équation. On entend beaucoup en ce moment, à raison, des voix du monde de la culture expliquer que le secteur est abandonné, ignoré. Je ne sais pas si c’est de l’abandon mais en tout cas, il y a une vraie méconnaissance gouvernementale du sujet. Donc on ne sait pas comment cela va se passer, et en plus, ceux qui sont censés se pencher sur la question me semblent vraiment incapables (rires).

On ne sait pas réellement comment tout cela va redémarrer mais, on sait surtout que de ton côté, ton évolution artistique n’est pas prête de s’arrêter.
Oui, grâce à cette petite épopée qui a convoqué beaucoup de personnes à mes côtés, dès le départ. D’avoir pu travailler avec des personnes que j’admire, que j’aime profondément, m’a permis tellement de projets, de rencontres encore… C’est ce qui me maintient et m’enthousiasme. Je crois que je m’arrêterai le jour où je n’aurai plus rien d’intéressant à dire. Il y a des artistes – et c’est assez rare pour noter – qui ont préféré à un moment le silence plutôt qu’une sorte de vacuité. Il n’y a parfois que le silence qui puisse terminer de sublimer une tentative de parole. Et la progression se situe peut-être là : il s’agit d’essayer d’éviter la redite.

 

Propos recueillis par Jérémy Attali
Crédit photo : Gregg Bréhin

« Another Short Album About Love », de LenParrot, sort le 6 Novembre

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